Saint-André

L’Hôpital Saint-André (1956-2013) : initiative privée et service public

Dr Pierre BRONN

Introduction

Cette restructuration était nécessaire pour les établissements : tous trois étaient enserrés par d’autres immeubles dans leur quartier respectif, toute expansion, toute réhabilitation d’importance étant dès lors impossible sur place, avec de surcroît un stationnement, voire un accès, difficile des véhicules pour les professionnels et les visiteurs. Longtemps différée, notamment pour Bon-Secours, cette restructuration était évidemment attendue de tous, même si elle a pu déconcerter les Messins par son ampleur.

La presse locale n’a-t-elle pas titré sur « le désert hospitalier » du centre-ville ?

Mais de telles opérations ont eu lieu bien avant dans des villes comparables voisines, Nancy, Reims, Besançon ou Strasbourg.

Il est vrai que le paysage hospitalier messin était jusque-là original, et il le reste encore dans une certaine mesure : un héritage de l’histoire.

Dans les années 1980, à la fin des Trente glorieuses, où pour répondre à l’explosion des besoins, existait une certaine liberté des initiatives en matière d’offre de soins, le positionnement des différents secteurs hospitaliers, public, privé commercial et privé à but non lucratif était atypique dans notre ville : par la présence d’un hôpital militaire, héritier d’un passé prestigieux[1], devenu Hôpital d’instruction des armées ; par l’existence d’un Centre Hospitalier Régional constitué par la fusion d’établissements messins et thionvillois ; par l’importance des établissements congréganistes[2], en nombre, en l’occurrence quatre, et en nombre de lits d’hospitalisation (près de la moitié des lits dits actifs) ; par l’existence de trois cliniques d’accouchements (appelées à disparaitre avant la fin du XXe siècle) et d’une seule grosse clinique privée polyvalente[3].

La fermeture de trois établissements appelait un effort de mémoire. C’est chose faite pour deux d’entre eux[4].

Pour l’hôpital Saint-André, un artiste photographe, Jacques Schneider, avait réalisé un reportage photographique peu avant le transfert sur Robert Schuman ; le choix du professionnel s’était imposé par sa participation à de nombreuses manifestations du comité d’entreprise de l’établissement où il avait fait ses premiers clichés aux côtés de son père Maurice, ingénieur en informatique et traditionnel Père Noël.

Du bloc opératoire au local de stockage des déchets, de la dialyse aux archives en passant par les diverses unités d’hospitalisation et les différents secrétariats, de la chapelle à l’atelier des techniciens, bref de la cave au grenier, à la rencontre de tous les métiers de l’établissement, en deux journées et plus de 1500 images, rien à Saint André n’a échappé à l’œil du virtuose du Leica. Son charme, rehaussé d’un nœud papillon très sélect, a opéré : vaincre les appréhensions (y compris de celles qui regrettaient de ne pas être passées préalablement par leur salon de coiffure), dérider les plus timides, fixer sur la pellicule le regard expressif et le geste significatif de chacun et chacune, choisir les angles de prise de vue permettant de saisir la vraie vie dans son foisonnement et sa simplicité quotidiennes, tel était le challenge. Il est réussi, le lecteur en jugera. Encore restait-il à accompagner les images par un texte.

Au cours de ce reportage, où il guidait le photographe, il est encore arrivé à l’auteur de ces lignes, malgré ses 34 ans de présence dans l’établissement, en poussant les portes ici ou là, de se trouver en terre inconnue ; quelques nouvelles têtes aussi, récemment apparues durant ses dix mois de retraite, sont venues pimenter les retrouvailles dans des lieux tant de fois parcourus. Mais lors de toutes les rencontres, un regret a été exprimé, celui de devoir quitter une maison avec laquelle des liens forts s’étaient tissés au fil du temps. Gageons que chaque professionnel pourra trouver dans ces images et dans ce texte de l’inattendu, des souvenirs aussi, et surtout l’âme qui a fait la force de Saint-André ; quant au public, il mesurera le chemin parcouru par la médecine en un demi-siècle, en comparant les images du reportage photographique récent à d’autres illustrations issues des archives mises en parallèle.

Ce reportage n’est évidemment qu’un instantané de la (trop courte) histoire de l’établissement, réalisé à un moment où la congrégation fondatrice, celle des Sœurs de la Providence de Saint-André, plus connue des Messins sous le nom des Sœurs de Peltre, n’était plus présente au quotidien dans l’hôpital depuis près d’une décennie déjà ; mais elle avait tant cultivé dans sa maison une éthique du soin (qu’elle résumait par le mot d’ordre « l’humain prime le technique »), que finalement ses valeurs étaient restées, perceptibles par tous jusqu’aux derniers jours.

Pour bien cerner le rôle de l’hôpital Saint André durant le demi-siècle de son histoire, ses spécificités dans le paysage hospitalier messin, l’auteur a adopté un plan semi-chronologique. Car, si bien des mutations ont affectées l’établissement, elles ne permettent pas de caractériser véritablement des périodes historiquement marquées ; sur tous les thèmes, le management, la technicité, les locaux…, l’évolution a été permanente mais sans rupture.

Revenir sur les origines de la congrégation s’imposait, d’autant que si cet hôpital est devenu un des fleurons de son œuvre, certes pas le seul, la vocation première des Sœurs n’était pas le soin ; et pourtant elles s’y sont adaptées, mieux elles y ont prospéré, dans un monde, celui de la santé de plus en plus complexe ; et quand le recours à des professionnels du management hospitalier s’est avéré nécessaire, elles ont su passer la main, pour que leur établissement reste performant. Il l’est resté jusqu’à son transfert et ce n’est que pour renaître de nouveau dans l’hôpital Robert Schuman qu’il a été fermé. L’ambition de ces quelques pages est de raconter cette histoire, de permettre à ceux qui y ont œuvré ou y ont été soignés de se souvenir et aux professionnels du nouvel Hôpital Robert Schuman, né en grande partie de sa substance, d’y perpétuer ses valeurs.

1. Ces Sœurs qui ont fait Saint André

1.1. Le fondateur : l’abbé Antoine Gapp (1766-1833)

Une vocation qui s’affirme

La remontée du cours de l’histoire de l’hôpital Saint André mène à Œrmingen, petit village dialectophone, proche de Sarre-Union, en Alsace  « bossue ». Un certain Antoine Gapp, fils aîné d’un maître-maçon, y est né le 1er janvier 1766.

Remarqué par le curé du lieu, il fait ses humanités comme pensionnaire au collège de Sarre-Union puis, sentant s’affirmer une vocation religieuse, il est admis au Séminaire Sainte-Anne, rue de la Fontaine à Metz, où il s’avère appliqué et persévérant. L’année 1790 où il doit être ordonné prêtre est marquée en juillet par la promulgation par l’Assemblée constituante de la Constitution civile du clergé puis en novembre par l’obligation d’y prêter serment : il se rend alors à Trèves où se sont exilés bon nombre d’ecclésiastiques messins réfractaires, et c’est là qu’il est ordonné le 24 septembre 1791.

Dès le lendemain il se rend dans son village natal pour y exercer son ministère, à l’insu des autorités civiles. Dénoncé et pourchassé à plusieurs reprises, il finit par s’enfuir en Suisse en avril 1793 au plus fort de la tourmente révolutionnaire ; de là il se rend à Rome puis dans le Tyrol, région dont son grand-père paternel était originaire. En 1797 il revient dans son village natal, où il reprend son ministère clandestin en desservant plusieurs paroisses voisines. A plusieurs reprises encore le voilà poursuivi par les soldats, mais il réussit toujours à leur échapper grâce à la complicité de villageois ; d’autres prêtres n’auront pas cette chance et mourront déportés ou guillotinés ; au décours d’un de ces épisodes, alors que l’alerte a été chaude, l’abbé Gapp fait le vœu de fonder un institut religieux.

Les débuts d’une congrégation

En 1801 Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, désireux d’enlever à ses opposants l’arme de la religion, signe le Concordat avec le pape Pie VII. L’abbé Gapp peut enfin reprendre ouvertement son ministère ; il constate que si les municipalités se chargent souvent de l’enseignement des garçons, les filles dans les campagnes en sont généralement privées. En 1803 à Hottwiller près de Bitche, dont il vient d’être nommé curé, il fait l’acquisition d’une humble maison, qui deviendra de fait le berceau de la congrégation.

Il propose à une Sœur de la Providence de Portieux d’y enseigner, puis, après son départ deux ans plus tard, il convainc une de ses paroissiennes de poursuivre la tâche ; certes il lui faut compléter son instruction mais bientôt, en novembre 1806, deux premières enseignantes reçoivent un costume religieux et prononcent des vœux à l’église paroissiale. En 1808, sans abandonner son institution naissante, où les vocations se multiplient, il est nommé professeur au Grand Séminaire de Metz.

Rapidement la maison d’Hottwiller s’avère insuffisante et l’abbé acquiert à quelques heures de marche une propriété plus vaste, à Pirmasens d’abord puis une autre à Hombourg-la-Forteresse, toutes deux dans le diocèse de Mayence et dans le département de Mont-Tonnerre (dans l’actuel Palatinat, la France à cette date comportant à la suite des annexions napoléoniennes 130 départements) ; le noviciat y est successivement installé. La communauté compte alors 85 Sœurs auxquelles Gapp, quittant Metz, va désormais pouvoir se consacrer plus exclusivement ; en cela il va s’inspirer de l’œuvre de l’abbé Jean-Martin Moyë, qui l’avait précédé dans l’est du diocèse de Metz en fondant à la fin du XVIIIe siècle la Congrégation des Sœurs de la Providence.

La consolidation

Mais l’épopée du Première Empire touche à sa fin : 1814 est marquée par le reflux de la Grande Armée, bientôt suivi par l’entrée des armées coalisées sur le sol français. Le couvent se situant sur leur passage, se remplit bientôt de soldats blessés ou malades du typhus. Les Sœurs, jusque-là enseignantes, s’ouvrent à une vocation seconde, celle du soin.

Et de fait elles se dévouent sans compter mais payent un lourd tribut avec le décès de plusieurs religieuses dont la Mère Supérieure. Après le congrès de Vienne en 1815 la France est à nouveau réduite à ses frontières d’avant la Révolution et le Palatinat est rattaché à la Bavière ; c’est ainsi que son roi Maximilien Ier donne à la congrégation en 1818 une autorisation légale grâce à l’intervention bienveillante de l’évêque de Mayence qui en avait préalablement fixé les premières règles. Mais la mort de ce prélat prive bientôt la communauté de son protecteur et le gouvernement du Cercle du Rhin multiplie les entraves administratives ; en outre les Sœurs de France sont désormais séparées par une frontière de leur maison-mère ; après bien des recherches Gapp trouve en 1820 à Forbach une nouvelle demeure et confie ses institutions en territoire désormais allemand à des religieux locaux. Cette même année à l’initiative de l’évêque de Metz et pour la distinguer d’autres institutions de dénomination identique, la congrégation prend le nom de « Congrégation des Sœurs de la Providence de Saint André ».

Parallèlement un Supérieur ecclésiastique est désigné, le fondateur recevant le titre de directeur, tout en restant en charge d’une paroisse ; les statuts sont revus et traduits en français et finalement approuvés par Charles X le 28 mai 1826. Cette même année, grâce à la générosité de nombreux donateurs, notamment de la famille de Wendel, le couvent est agrandi et une vaste chapelle y est consacrée. Les opérations immobilières avaient jusque-là été entreprises par l’abbé en son nom propre et il avait généreusement engagé son héritage familial ; l’approbation gouvernementale autorise dès lors la congrégation à recevoir des dons, à commencer par l’ensemble des biens antérieurement acquis à son intention par le fondateur.

Une vie bien remplie

Jusque-là inlassable dans sa tâche, allant le plus souvent à pied d’un de ses établissements à l’autre, multipliant pour ses « chères filles » prières, conseils, voire à l’occasion réprimandes paternelles, l’abbé Gapp est atteint en décembre 1832 d’une jaunisse qui affecte considérablement une santé jusque-là sans faille ; il ne quitte plus dès lors le couvent où il décède le 27 mars 1833, à l’âge de soixante-sept ans, non sans avoir exhorté les sœurs à poursuivre leur mission.

Il sera inhumé à Cocheren, paroisse toute proche de Forbach, où il avait été affecté à peine plus de deux ans auparavant. Plusieurs biographies[5] ont été consacrées à ce prêtre de campagne, simple et d’une grande bonté, qui apparaît à travers les anecdotes rapportées plutôt introverti, peu charismatique, voire même médiocre orateur, à l’accent rude de son pays frontalier, mais d’un zèle infatigable, d’une totale abnégation, d’une piété profonde et d’une foi sans faille en la providence divine. C’est grâce à ces qualités que de nombreuses vocations sont nées et qu’un travail considérable dans le domaine de l’éducation et du soin a pu être accompli en Moselle, pourtant en des temps troublés peu propices à un tel développement et au sein d’une région rurale pauvre où les besoins n’en étaient somme toute que plus grands.

1.2. Les Sœurs de Peltre « au gré de la providence »

De l’éducation des jeunes filles aux soins des pauvres

L’institution compte au décès de son fondateur 211 religieuses, enseignantes pour la plupart mais aussi au service des malades tant à domicile que dans les hôpitaux. Près d’une centaine d’écoles de filles et même de garçons ont été ouvertes dans des villages de Moselle, sans aide ni de l’Etat ni des communes. Mais des dettes restent à régler et il faudra l’intervention personnelle de l’évêque de Metz pour solliciter la générosité des familles chrétiennes en faveur de l’œuvre afin de combler le déficit. Dès lors s’attirant de plus en plus la sympathie des populations et même des autorités civiles, la congrégation prospère.

Bientôt la maison-mère de Forbach nécessite d’importants travaux de réhabilitation et d’extension, d’autant qu’il s’avère nécessaire de séparer le noviciat des chambres des Sœurs âgées ou malades ; l’évêché souhaite simultanément un rapprochement du centre du diocèse. C’est ainsi qu’à regret les Sœurs envisagent leur départ de ce lieu chargé de mémoire.

Le site, converti d’abord en maison de retraite, deviendra dès 1849 un pensionnat. Le château de Peltre étant à vendre, la congrégation en 1839 acquiert ce vaste domaine dans un village où elle était avantageusement connue, une des Sœurs y faisant la classe depuis quelques années déjà ; elle obtient la même année par ordonnance du roi Louis Philippe la ratification du changement de résidence, le gouvernement voyant dans l’implantation de l’institution en zone francophone l’assurance d’une meilleure maîtrise de cette langue par les novices ; à une dizaine de kilomètres de la ville, elle trouve là un havre de sérénité d’où elle ne manquera pas de rayonner. Dès l’année suivante elle va d’ailleurs essaimer en Belgique, notamment à Florenville.

A la fin du Second Empire elle compte 490 Sœurs, les aspirantes et postulantes sont nombreuses ; 220 écoles dont 212 dans le diocèse de Metz ont permis de scolariser 20 000 enfants ; deux pensionnats sont en fonction, celui de Peltre recevant cent vingt-cinq internes. Malgré son fort développement la congrégation est loin de pouvoir répondre à toutes les demandes d’enseignantes que lui réclament évêques et curés ; à cette époque en effet, sous le régime du Concordat, l’enseignement, qui tend alors à se généraliser, était surtout en milieu rural pour une large part confessionnel.

Sous l’annexion allemande

Mais voilà qu’éclate la funeste guerre franco-prussienne de 1870 ; dès la première semaine des hostilités, le recul de l’armée du Rhin impose des mesures de prudence : les pensionnaires sont rendues à leur famille et l’Intendance militaire de la place de Metz réclame la mise à disposition de 200 lits. De fait la ville se trouve en état de siège le 18 août et un important contingent de blessés allemands s’installe transitoirement au couvent avant que celui-ci ne se situe fin septembre entre les deux lignes de combattants et n’essuie des bombardements. Finalement tout le village, et avec lui le couvent, sont incendiés volontairement par les Prussiens. Les Sœurs se voient contraintes de se réfugier à Forbach ou pour certaines d’entre elles à Jouy-aux-Arches, où opportunément une maison a pu être mise à leur disposition.

Cette maison elles vont d’ailleurs l’acquérir dès 1872. Parallèlement la décision de reconstruire le couvent de Peltre a pu être prise après un vibrant appel aux dons de Mgr Dupont des Loges et aux quêtes organisées par la Supérieure générale, Mère Rose, en Belgique et au Royaume Uni notamment ; les dons affluent rapidement si bien qu’ont lieu en cette même année la pose de la première pierre de la nouvelle chapelle et les fondations de la nouvelle maison-mère ; les Sœurs vont l’intégrer en 1874.

Malgré l’annexion et la préférence affichée et systématique de la Présidence allemande de Lorraine pour des institutrices laïques, malgré aussi la séparation en 1905 des Eglises et de l’Etat votée par l’Assemblée nationale conduisant à des expulsions de religieuses dans les établissement restés en France, à la veille de la Grande guerre la congrégation compte 874 religieuses et anime 138 établissements, dont 125 écoles primaires, 3 écoles ménagères, 7 pensionnats et 9 hôpitaux. La Belgique, où la politique est plus favorable aux congrégations, se distingue évidemment par le nombre de créations mais il en est aussi en Lorraine annexée, ainsi à Dieuze, Bouzonville, Thionville, ou Vaux, sans parler de l’agrandissement du pensionnat de Peltre en 1910. Et malgré cette expansion les Sœurs ne peuvent répondre à toutes les demandes qui leur sont faites.

1914-1918 : vivre à proximité de la ligne de front

Le 3 août 1914 l’Allemagne déclare la guerre à la France ; dès le 26 la maison mère est réquisitionnée par l’armée allemande. Les troupes occupent le pensionnat. Les novices et les postulantes sont rendues à leur famille. Un hôpital de secteur (Revierlazarett) est installé à Peltre et quatre Sœurs travaillent au profit de la Croix Rouge. Dès août des soldats blessés et malades sont soignés par les religieuses de la congrégation de l’est du département et à partir de novembre à Metz à l’école Paixhans et au petit séminaire de Montigny. Un recensement de janvier 2015 montre que 120 d’entre elles sont affectées de manière permanente aux soins des soldats. D’autres s’activent en faveur des enfants en bas âge dont les parents sont mobilisés, les hommes au front (russe pour les Alsaciens-Lorrains), les femmes au travail. Et pourtant elles poursuivent leur tâche habituelle d’enseignantes et, dans leurs écoles de coutures, il leur est demandé de travailler pour l’armée.

Alors qu’à distance cette fois de la zone des combats, les murs du couvent avaient été jusque-là préservés, un ordre des autorités militaires est transmis à la Révérende Mère le 26 septembre 1918 d’évacuer la maison-mère ; l’histoire se répéterait-elle avec une nouvelle fois la ruine du couvent ?

En fait il s’agit d’y installer un hôpital de campagne (Feldlazarett). L’ordre est révoqué devant la proposition de la Supérieure d’affecter d’autres religieuses encore au soin des blessés. Et bientôt c’est l’armistice puis le retour à la France. Mais la typhoïde a continué de sévir tout au long de la guerre et elle a emporté une cinquantaine de religieuses de la congrégation.

L’Entre-deux-guerres

Pour faire face à des élèves de plus en plus nombreux pendant l’Entre-deux-guerres, une nouvelle extension du pensionnat de Peltre s’avère nécessaire ; en revanche il n’est pas aisé à cette époque de trouver des enseignantes maîtrisant le français, surtout dans l’est du département où l’allemand avait été imposé comme langue officielle depuis l’annexion. Mais la période est surtout marquée par la création en 1919 d’une école d’infirmières et d’assistantes sociales à Metz, au 12 rue des Prisons militaires, l’actuelle rue Maurice Barrès.

L’initiative en revient à Mme Maurice de Wendel (1886-1980) qui la préside dès son origine et à laquelle se joint Mère Eugène Joseph Richard, le projet étant soutenu par la Croix-Rouge. C’est l’époque où un appareil réglementaire se met en place pour encadrer la formation des soignants : le 15 avril 1927 un décret ministériel crée le diplôme d’Etat d’infirmière hospitalière, suivi le 19 mars 1936 par celui d’infirmière visiteuse et le 3 août 1938 par celui d’assistante sociale.

L’enseignement est délivré pour les cours théoriques par les médecins de la Maternité, quelques spécialistes et un pharmacien, l’enseignement pratique s’effectuant à l’hôpital d’Hayange et au dispensaire de la Croix-Rouge. Cette école, qui a pris le relais de celle mis en œuvre en 1910 à l’hôpital Sainte Blandine, va connaître d’emblée une grande notoriété et le nombre de ses élèves sera régulièrement croissant : les archives montrent que le recrutement des élèves provient de 17 département voire de l’étranger.

Sous l’occupation nazie

C’est en 1939, alors que la congrégation connaît avec 1164 religieuses son maximum d’effectif, qu’éclate la Seconde Guerre mondiale qui porte en elle tout un cortège de souffrances : évacuation, occupation nazie, expulsions, afflux de blessés, destruction. Lors de la première phase de la guerre une ambulance est installée au couvent puis le gouvernement français organise l’évacuation des populations mosellanes exposées le long de la ligne Maginot vers la Vienne et les Charentes.

Les élèves de l’école d’infirmières et les Sœurs du couvent de Peltre sont mobilisées aux postes d’urgence des gares de Metz-Centre et du Sablon avant d’être affectées aux centres de la Croix Rouge et à l’hôpital Legouest ; les religieuses enseignantes suivent les mouvements d’évacuation avec la population des communes où elles sont affectées. C’est ensuite l’occupation : le 21 novembre 1940 les Sœurs de la maison-mère, excepté une douzaine, sont expulsées, en camion vers une destination inconnue : ce sera Maubec, à proximité de Montélimar dans la Drôme, où l’évêque de Valence leur réserve un accueil chaleureux.

En février 1942, toutes les Sœurs restées en Moselle, soit quatre-vingt-cinq, sont rassemblées à Peltre pour prendre en charge des soldats blessés ou malades, la plupart en provenance du front russe, beaucoup atteints de gelures des extrémités ; bientôt ils sont 600 ; les conditions sont difficiles, les enseignantes immédiatement affectées aux soins ne sont pas formées, le matériel fait défaut. A la même date les occupants rouvrent l’école d’infirmières de la rue des Prisons-militaires sous la direction d’une laïque allemande et imposent à une quinzaine de Sœurs d’y suivre les cours, pour un cursus de dix-huit mois.

En janvier 1943, la Gestapo, ayant saisi de la correspondance clandestine avec des membres expulsés de la congrégation, se rend à Peltre ; sept religieuses sont arrêtées et incarcérées pendant de longs mois à Sarrebruck, sans jugement ; parmi elles la Supérieure générale, pourtant malade et alitée : elle décède peu après sa sortie de prison. Pour avoir hébergé des prisonniers français évadés, la Supérieure de l’hôpital de Joeuf est déportée en mars 1942 dans un camp en Silésie, où elle décède après trente-trois mois de captivité.

Le 10 novembre 1944, les Américains qui avancent vers Metz prennent pour cible la maison du garde en face de la maison-mère où s’était installé un état-major allemand : l’entrée du couvent et le cloître sont totalement abattus.

L’apogée de la congrégation sous les Trente glorieuses

En 1945, la vie reprend ses droits : la communauté de Maubec revient au pays, des enfants repeuplent le pensionnat et quinze novices sont admises. La reconstruction des dégâts causés pendant la guerre nécessite une fois de plus un appel à des dons généreux ; elle intervient entre 1948 et 1951.

En cette même année 1951, les Constitutions de la Congrégation sont révisées : alors que jusque-là les Sœurs ne prononçaient que des vœux temporaires, régulièrement renouvelés chaque année, les nouveaux textes prévoient des vœux perpétuels ; en 1956 alors que la congrégation célèbre ses 150 ans d’existence, elle est reconnue de droit pontifical par le pape Pie XII.

Des évolutions significatives marquent la seconde moitié du XXe siècle. La volonté de mieux prendre en compte les aspirations de la société se traduit en 1953 par la décision prise en chapitre d’adopter un costume plus simple, noir à col blanc, et en 1969 la possibilité de revêtir un costume civil est accordée. Dans un souci d’universalité de l’œuvre, la congrégation répond en 1952 à l’appel de l’archevêque de Lomé d’envoyer des religieuses en mission au Togo : en tant que jeune novice dans le diocèse de Namur, il avait pu apprécier l’action des Sœurs implantées en Belgique.

Cette œuvre prend en quelques années une extension importante et contribue par l’éducation des jeunes filles à l’évolution du sort des femmes dans la société togolaise ; en 1989 une communauté s’implante en Côte d’Ivoire, une autre plus tard au Brésil...

Et, lorsqu’en 1957, un livre « Il cherchait des pierres… »[6] entreprend de raconter l’histoire de l’abbé Gapp et des Sœurs de la Providence de Saint André, le bilan est éloquent : la congrégation est présente à cette date dans 114 établissements en Moselle : écoles maternelles et primaires dans la plupart des villages du Pays messin, pensionnats de Peltre, Bouzonville et Thionville, écoles ménagères de Dieuze et de Bouzonville, Ecole d’infirmières de la Croix-Rouge, Hôpital Saint André de Metz, hôpitaux de Hayange, Moyeuvre, Forbach, Morhange, Dieuze…, centres de rééducation de Plappeville ou de Vernéville, hospices de Thionville, de Forbach, plusieurs dispensaires et maisons de retraite ; mais elle possède aussi 33 établissements dans le reste de la France (surtout à la suite des évacuations et expulsions de la Seconde guerre mondiale qui ont amené les sœurs à se voir confier de nombreuses écoles libres, à Nancy, Longwy, Commercy mais aussi Valence, Chinon, Libourne, dans la Creuse...) et il existe 25 communautés en Belgique dans les diocèse de Namur, Liège et Malines. Pourtant comme la majorité des congrégations en Europe, elle connaît une crise des vocations, sans doute retardée par rapport à d’autres communautés, mais réelle : en 1990 les Sœurs de la Providence de Saint André ne sont plus que 500 et, dans les établissements d’enseignements comme dans ceux de soins, leur effectif décroit. Elles recherchent aujourd’hui d’autres moyens de vivre leur vocation au service du prochain, en ne dissociant pas vie religieuse et vie professionnelle.

2.L’hôpital Saint-André : du projet à la réalisation

2.1.Un projet original d’hôpital-école

En mai 1945, l’Ecole d’infirmières et d’assistantes sociales de la Croix-Rouge Française rouvre ses portes rue Maurice Barrès, dans les locaux appartenant aux Sœurs de la Providence de Saint André, et les religieuses en sont les enseignantes. Dans un premier temps est ouvert un cours de mise à niveau en français, préparatoire aux examens d’entrée aux écoles, destiné aux jeunes Lorrains qui avaient été privés d’enseignement dans cette langue durant la période de l’occupation.

Par ailleurs la ville de Metz se relève difficilement des drames de la Seconde Guerre mondiale ; les hôpitaux existants public (Notre-Dame de Bon-Secours) et privés d’origine congréganiste (Sainte Blandine, Sainte-Croix et Belle-Isle) sont désorganisés, les équipes ne sont pas reconstituées, les locaux ont souffert, le matériel a disparu et les médicaments font défaut.

La recherche d’un terrain de stage indispensable à la formation est un réel problème pour la directrice de l’école : les pratiques en ville sont déroutantes pour les élèves par leur diversité et par leurs divergences avec l’enseignement théorique dispensé ; les élèves finissent par se convaincre de l’impossibilité d’appliquer dans les faits ce qu’on leur enseigne. En outre dans les dix ans qui vont suivre, la demande de soins explose sous l’effet conjugué de la démographie, des progrès de la médecine et de la généralisation de la Sécurité Sociale.

Le nombre de lits d’hospitalisation est insuffisant à Metz, où notamment en hiver les services sont débordés ; les pouvoirs publics incitent les responsables d’établissement à multiplier les initiatives[7]. Aussi les Sœurs élaborent un projet hospitalier pour répondre à un triple objectif, répondre à ces besoins en lits, disposer d’un terrain de stage pour les élèves et « entourer les malades d’une véritable charité » en vue d’une guérison physique et spirituelle.

Dans cet hôpital la théorie serait appliquée à la lettre et les patients bénéficieraient des meilleurs soins, notamment dans des domaines non encore pris en compte en Moselle (en particulier en chirurgie thoracique). Il est question aussi de proposer de meilleures conditions d’hébergement ; les salles communes, encore largement présentes ailleurs, disparaîtraient au profit de chambres majoritairement à un ou deux lits munies de sanitaires.

Il s’agit donc dans l’esprit des Sœurs d’un hôpital-école, en fait bien plus d’une « cité hospitalière » où les professionnelles, religieuses et élèves, vivraient et travailleraient dans une quasi unité de lieu, école, services hospitaliers, prieuré et foyer de logement se situant dans un même îlot d’immeubles. Ce projet ambitieux les Sœurs vont mettre une dizaine d’années à le concrétiser. Il leur faut donc trouver des locaux et réunir des équipes.

Parallèlement l’école œuvre pour la reconversion des mineurs des Houillères du Bassin de Lorraine ; entre les années 1956 et 1970, 76 d’entre eux après une formation préalable de culture générale, suivent l’enseignement de l’école et sont reçus au diplôme d’infirmier, pour être affectés ensuite dans les établissements de soin des HBL.

2.2.Des murs chargés d’histoire

L’implantation à Metz de la congrégation des Sœurs de la Providence

Le centre de gravité de la congrégation s’étant déplacé en 1839 de l’Est rural du département à son chef-lieu à l’ouest, à trois reprises la congrégation avait cherché un pied à terre à Metz pour les religieuses de passage : elle avait dès 1846 acheté une maison rue des Allemands, puis en Chandellerue, enfin sous le Second empire rue Saint Gengoulf, à proximité de l’Evêché. De ce fait elle était entrée dans un quartier au riche passé ; au lendemain de la Première Guerre mondiale, lorsque les religieuses du Sacré Cœur mettent en vente une propriété de la rue Maurice Barrès comportant deux immeubles et des dépendances, les Sœurs en font l’acquisition.

Aujourd’hui la rue Chatillon et le versant nord de la rue du Rempart Saint-Thiébault offrent une grande unité architecturale par leur style classique français du XVIIIe siècle ; on peut avoir une représentation de l’état initial du quartier en considérant que les seconds étages existants sont partout des adjonctions récentes qui remplacent les toits mansardés et les chiens assis de l’époque. Dans cet ensemble, l’îlot que constitue l’hôpital Saint-André, pour peu que l’on soit attentif aux détails de l’architecture, se distingue par une plus grande richesse.

La marque dans le quartier de Belle-Isle et de Cormontaigne

C’est que dans les années 1730 sur l’ordre de Charles-Auguste Foucquet, Maréchal-Comte puis Duc de Belle-Isle (1684-1761), gouverneur des Trois Evêchés, Metz démantèle ses remparts médiévaux pour s’enfermer dans une ligne de fortifications plus large et conforme aux évolutions de l’architecture militaire ; à cette œuvre va s’employer à partir de 1728, dès son arrivée dans la ville, un ingénieur qui reprend et développe les idées de Vauban, Louis de Cormontaigne[8] (1695-1752).

Entre la tour Camoufle et la Porte Saint Thiébault les murailles médiévales présentaient un rentrant qui enserrait l’abbaye Sainte-Glossinde : le nouveau tracé le supprime. De ce fait tout un quartier s’ouvre à la construction. Or une partie de cet espace, initialement hors les murs, appartenait à l’abbaye avant la prise de possession de la ville par la France en 1552 ; les religieuses en avaient alors été expropriées. L’abbesse Marguerite-Eléonore de Hottmann fait alors valoir ses droits et obtient par brevet de Louis XV du 15 novembre 1738 restitution de ce bien. En contrepartie obligation lui est faite d’y construire des maisons et c’est ainsi que naissent les immeubles des numéros impairs de la rue Châtillon[9], que les moniales vont mettre en location. Belle-Isle en effet, pour embellir la ville, avait pris le parti, moyennant la cession gracieuse de terrains, de charger des religieux ou des riches particuliers d’y construire des immeubles de belle facture.

Le refuge de Châtillon

C’est ainsi qu’en 1739 les moines cisterciens de l’abbaye de Châtillon, dans la Woëvre (diocèse de Verdun), construisent à l’angle de rues nouvellement crées, Châtillon et rempart Saint-Thiébault, un hôtel, qui va être appelé Refuge de Châtillon : il est en effet destiné à servir de retraites aux religieux en cas de guerre. Vendu en 1775 au directeur des Vivres des Trois-Evêchés, M. de Tholozan, pour quarante mille six cent livres, il est acquis par la municipalité en juin 1778 (moyennant une imposition particulière sur toute la généralité) pour servir de résidence à deux Premiers présidents du Parlement, Etienne-Joseph-François-Xavier Chifflet d’Orchamps (1717-1782)[10] et Louis-Charles-François Hocquart de Mony (1741-1795)[11].

L’hôtel est préalablement remanié selon les plans de Louis Gardeur-Lebrun, inspecteur des bâtiments de la ville.

La propriété munie d’un vaste jardin, vendue comme bien national en 1794, passe entre plusieurs mains avant d’abriter à partir de 1860 le demi-pensionnat du Sacré Cœur[12]. Elle est délaissée au début de la Seconde Guerre mondiale et c’est une véritable ruine que les Sœurs acquièrent en 1947. Ce sera le berceau de l’hôpital Saint André, avec l’immeuble voisin[13], où s’ouvrira l’élégante entrée principale de l’établissement.

Cormontaigne avait fait bâtir là une résidence spacieuse avec un vaste jardin ; la propriété comportait aussi une maison ouverte sur la rue des Prisons-Militaires (au n° 12). Le maréchal de camp devait décéder dans son hôtel le 20 octobre 1752, à l’âge de cinquante-six ans ; Il fut inhumé le lendemain dans le chœur de l’église Saint-Gengoulf, toute proche. La propriété, mise en vente une première fois en 1777, échut en 1845 au mathématicien et bibliophile Louis de Salis (1803-1880), élu député de la Moselle en 1849.

La constitution d’un ensemble immobilier

De plus petites maisons seront acquises également, mais l’état de certaines ne permettront pas leur conservation, d’où l’existence actuellement entre les numéros 2 et 4 de la rue d’un haut mur bordant une cour qui rejoint celle de l’important hôtel de l’angle des rue Châtillon et Maurice Barrès (anciennement rue des Prisons-Militaires) qui attire le regard par son portail monumental ; bâti au XVIIIe siècle il passe au XIXe de mains en mains, dont en 1827 dans celles de Félix de Coulon, procureur du roi. En 1885 un médecin oculiste, le Dr Zartmann, en fait l’acquisition (d’où la lettre Z qui orne aujourd’hui le portail), pour le louer à son départ au comte Gottlieb von Haeseler, général commandant le XVIe Corps d’Armée lors de la première annexion allemande ; en 1904, à son départ, ses successeurs étant désormais logés dans le palais du gouverneur, il devient la propriété de l’imprimeur-libraire Paul Even. Ce magnifique hôtel particulier, acheté par les Sœurs en 1947, abritera le siège de l’école d’infirmières et d’assistantes sociales ainsi que la salle de réunion du conseil d’administration de l’hôpital Saint-André, des locaux de consultation de médecine et un foyer de jeunes filles.

En 1961 est acquis l’hôtel de la famille de Marins des Bouillères au n° x de la rue Maurice Barrès, où vont être hébergées les Sœurs de Saint-André et des élèves infirmières.

La clinique de l’Espérance

Enfin le n°18 de la rue du Rempart Saint-Thiébault, très proche architecturalement de l’hôtel de Cormontaigne, avec lequel il est mitoyen, offre à Saint-André l’occasion de s’étendre en 1964. Il était occupé antérieurement par la clinique Notre-Dame de l’Espérance. La congrégation homonyme, dont la maison-mère était établie à Bordeaux, avait envoyé des religieuses à Metz en 1849 à la demande de la municipalité pour assurer les soins à domicile des malades ; celles-ci avaient d’abord assuré la direction de l’œuvre Sainte-Blandine, consacrée plus particulièrement au placement et à l’accompagnement des servantes. Elles avaient initialement occupé des logements de location rue de la Glacière, rue Poncelet, en Nexirue. En 1860 elles font l’acquisition de la maison du Dr Daga au n° 1 de la rue Châtillon, à proximité de l’évêché, où elles établissent une clinique ophtalmologique. Alors que l’œuvre Sainte-Blandine est reprise après l’annexion de 1871 par les Sœurs franciscaines de Salzkotten en Westphalie, les religieuses de l’Espérance forment le projet de fonder un grand hôpital et un noviciat rue Verlaine. La construction est à peine achevée quand éclate la Première Guerre mondiale ; le projet est alors abandonné et la bâtisse sera reprise par la municipalité en 1919 pour y installer l’hôpital « Notre-Dame de Bon-Secours » jusque-là situé rue Chambière. Désormais moins ambitieuses les Sœurs s’installent en 1921 rempart Saint-Thiébault où elles ouvrent une trentaine de lits d’hospitalisation, fonctionnant en clinique ouverte à tous les médecins de la ville, avec une petite activité de chirurgie générale et une orientation plus spécifique en ophtalmologie. Après 1945, n’ayant su s’adapter aux besoins nouveaux, l’établissement va péricliter pour disparaître, absorbé en 1964 par son voisin l’hôpital Saint-André, soit huit années après la création de ce dernier.

D’un ensemble d’hôtels particuliers à un hôpital

Dès 1947 les Sœurs de Peltre possèdent donc dans le quadrilatère des rue Maurice Barrès, Chätillon et du Rempart Saint-Thiébault un riche patrimoine immobilier ; reste qu’il est disparate et qu’il va falloir lui donner la fonctionnalité d’un établissement de soins. Pour les bâtiments destinés à l’hébergement hospitalier, les problèmes architecturaux sont multiples : les dalles ne sont pas partout au même niveau ; les sous-sols manquent là où la construction avait été faite sur les déblais des anciens remparts, notamment pour l’hôtel de Cormontaigne, qui de surcroît n’avait à l’origine qu’un étage et un toit mansardé. Il sera donc surélevé, ce qui va permettre de créer une surface suffisamment étendue et dénuée de contraintes architecturales ; un bloc opératoire, alors à la pointe du progrès, pourra y être implanté. Car le nouvel établissement sera à vocation d’abord chirurgicale.

2.3 Avant l’ouverture de l’établissement : la recherche de compétences

Créer un hôpital ne se résume pas à la l’ouverture de locaux : il faut surtout des hommes capables de les animer, gestionnaires, médecins, soignants.

C’est ainsi que le 21 novembre 1955, en l’étude de Me Cropsal, notaire rue Châtillon, est fondée l’association à but non lucratif « Hôpital Saint-André », avec pour objectif « l’exploitation d’un établissement de soins médico-chirurgical à créer 4 rue Châtillon ». Parmi les sept membres fondateurs retenons Mère Jean-Berchmans, la Supérieure de la congrégation, Sœur Marie-Germaine, la future directrice, Sœur André, l’économe, l’ancien maire de Metz Gabriel Hocquard et le chanoine François Schmitt qui, à la tête déjà de la Fédération Caritas de la Moselle, assurera jusqu’en décembre 1974 la présidence du conseil d’administration.

Pour assurer et encadrer les soins, la congrégation met à disposition une communauté de 26 religieuses, qu’elle loge à proximité rue Maurice Barrès ; les heures au chevet des patients ne seront pas comptées. Elles seront assistées d’infirmières laïques et de stagiaires de l’Ecole de la Croix Rouge[14].

Pour le corps médical les Sœurs se tournent d’abord vers leur médecin traitant, le Dr Léon Loevenbruck[15], qui habite en face de l’établissement et qui en deviendra le premier médecin. Mais l’établissement se veut avant tout chirurgical ; les autorités administratives, préfecture et DDASS, favorables au projet, souhaitent l’ouverture simultanée d’une unité de chirurgie thoracique de 25 lits, laquelle manque dans l’ensemble du département.

C’est ainsi que près de 200 patients par an, souvent des mineurs de fer ou de charbon ou des ouvriers d’une industrie lourde alors très florissante en Lorraine, atteints de tuberculose, de silicose ou de cancer[16], devaient jusque-là se faire opérer à Strasbourg et y séjourner souvent durant plusieurs semaines. La Caisse Primaire d’assurance-maladie se déclare ainsi prête à accorder à l’établissement pour cette activité un prix de journée plus élevé, pour répondre à une chirurgie plus lourde et plus exigeante en soins.

Pour le recrutement du chirurgien, sur proposition de Gabriel Hocquard (lui-même opéré à Strasbourg du poumon pour tuberculose) le choix se porte sur un assistant-chef de clinique chirurgicale de la faculté de médecine de Strasbourg, le Dr François Koebelé[17], qui outre sa formation de chirurgien généraliste, avait contribué dans la clinique Chirurgicale B du Pr Alfred Weiss au développement en Alsace de la chirurgie thoracique, discipline alors naissante[18].

Mme Marie-Françoise Koebelé[19], son épouse, faisait partie des tous premiers médecins spécialisés en anesthésie-réanimation, autre discipline alors en voie d’autonomisation. Plusieurs autres spécialistes viennent progressivement compléter l’équipe médicale, notamment le Drs Guy Herlory[20], radiologue et Jean Cabri[21] ORL, ainsi que des consultants à temps partiel en cardiologie, pneumologie, urologie, stomatologie. Mais une place particulière est réservée au médecin traitant dont la collaboration est souhaitée pendant l’hospitalisation de son patient, pour assister à l’intervention chirurgicale d’une part, mais surtout pour la concertation avec le chirurgien de la prise en charge post-opératoire.

L’inauguration officielle de l’hôpital a lieu le 21 mars 1956, en présence de l’inspecteur général de l’administration, le préfet Laporte, et des représentants des autorités civiles, militaires et religieuses ; après une messe en la chapelle, où le vicaire général bénit les crucifix destinés à chaque chambre, et une visite de l’établissement, le président du Conseil d’administration et le médecin-chef, devant un amphithéâtre bondé, rendent hommage appuyé à la Congrégation pour l’œuvre réalisée, et notamment à Mère Eugène-Joseph, la directrice de l’école d’infirmières.

L’année suivante, l’inauguration du service de chirurgie thoracique attire des personnalités aussi nombreuses, dont directeur général de la Santé publique ; ce dernier, à la suite d’une visite conduite par le Dr Koebelé, souligne dans son allocution, la qualité des équipements et l’intérêt pour les patients du rapprochement étroit avec l’école d’infirmières. La capacité d’accueil initiale de l’établissement est de 133, rapidement de 140 lits[22]. Le bloc opératoire comporte 4 salles climatisées et une unité de stérilisation.

Trois services d’hospitalisation sont individualisés : médecine, chirurgie comportant une unité de chirurgie infantile et une unité qualifiée de « Récupération »[23] post-opératoire, et ORL. Ils s’appuient sur des services techniques : radiologie et radiothérapie, physiothérapie, laboratoire, kinésithérapie et pharmacie. Une polyclinique, alors installée en sous-sol, reçoit les consultants.

L’efficacité et la renommée de l’équipe médicale font le reste. Les données statistiques témoignent du démarrage instantané de l’établissement. En 1970, après quinze années de fonctionnement, ont été accueillis 43 000 malades pour 641 231 journées d’hospitalisation, dont 477 609 en chirurgie, 61 826 en chirurgie thoracique. A cette date le personnel se compose de 10 médecins, 6 internes et stagiaires, 34 infirmières dont 12 religieuses, 76 personnes affectées aux services techniques dont 5 religieuses et 80 élèves-infirmières de l’école de la Croix-Rouge Française.

3. L’hôpital Saint-André : cinq décennies de mutation

3.1. Un impératif : prendre en compte l’évolution accélérée de la médecine

Le demi-siècle de présence de Saint-André sur la carte hospitalière messine est marqué par des progrès majeurs de la médecine, plus en ces quelques décennies que dans tous les siècles précédents. Des techniques nouvelles apparaissent sans cesse et elles trouvent une application rapide dans les établissements de soins, par des praticiens de plus en plus pointus dans leur spécialité voire dans leur sous-spécialité. La formation médicale continue devient un impératif ; s’y soustraire conduit à être balayé.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’on ne connaissait guère que trois spécialités médicales : la médecine, la chirurgie et l’obstétrique. En réalité la spécialisation des médecins n’a pris un véritable essor, et n’a été réglementée qu’à partir des années 1950. Jusque-là tout docteur en médecine pouvait se déclarer spécialiste et pratiquer ladite spécialité sans qu’il soit astreint à une formation particulière. La création de l’Ordre des Médecins et celle de la Sécurité Sociale va conduire à établir en 1949 une liste officielle de spécialités et de spécialistes ; restait au ministère de l’Enseignement supérieur à organiser les formations et à qualifier les médecins. Pour la formation pratique des étudiants et pour leur propre fonctionnement, les Centres Hospitaliers et Universitaires vont distinguer au fil des décennies un nombre croissant de spécialités : 16 en 1962, 36 dès 1964, 51 en 2006 dont 18 comportant des variantes aboutissant à une liste 64 options différentes.

Cette évolution se traduit bien entendu à l’hôpital Saint-André.

Le développement de la médecine interne

Le service de médecine, initialement installé à Saint-André au second étage du bâtiment A, hébergeait à sa création essentiellement des Sœurs et des personnes âgées ; Sœur Dorothée en était la surveillante. Les différents intervenants à temps partiel hospitalisaient leurs patients dans une autre unité au rez-de-chaussée du bâtiment C, tenue par Sœur Marie.

Après le décès du Dr Léon Loevenbruck et après un intérim assuré par son fils Pierre, en 1970, parmi plusieurs candidats intéressés, tous spécialistes en médecine interne, le choix du Dr Koebelé se porte sur le Dr Guy Berthier[24]. 65 lits lui seront attribués. Il s’agit dès lors de proposer à la population et aux médecins correspondants des compétences nouvelles dans des domaines plus pointus de la médecine et notamment en endoscopie digestive. L’hypothèse de créer un service de pneumo-phtisiologie, a priori logique eu égard au poids de la chirurgie thoracique dans l’établissement, n’avait pas été retenue, cette discipline étant déjà largement couverte dans le département, aussi bien à Metz que dans les établissements de santé des villes industrielles.

La création de l’unité de néphrologie et de dialyse

Jusque dans les années 1970 le pronostic de l’insuffisance rénale chronique était irrémédiablement fatal. Au cours de cette décennie, grâce à la conjonction de plusieurs avancées technologiques concernant les dialyseurs (reins artificiels), les anticoagulants et la réalisation d’abords vasculaires (fistules artério-veineuses pour dilater les veines superficielles), de nombreux centres en France pratiquent l’épuration extra-rénale[25].C’est dans ce contexte que le Dr Jean-Luc Fabre[26], un néphrologue formé à Lyon dans un des premiers services français, propose en 1975 au Dr Koebelé la création d’une unité de dialyse dans l’établissement ; le chirurgien et Sœur Marie-Germaine en saisissent immédiatement l’intérêt.

Des aménagements s’imposent avec la réalisation en sous-sol d’une unité de traitement de l’eau géré par des techniciens spécialisés. La montée en puissance du service impose rapidement le recrutement d’un second néphrologue, le Dr Pierre Gautier, qui exerçait jusque-là dans sa discipline à Vittel. L’unité de dialyse est alors adossée à un service de 7 lits de néphrologie. Cette activité, qui répond localement à un réel besoin, constitue rapidement un autre point fort de l’établissement.

En 1987 pour pouvoir offrir aux patients souffrant d’insuffisance rénale une prise en charge complète, l’association de dialyse Saint-André est créée : pour une meilleure réinsertion socioprofessionnelle et familiale, elle permet le traitement à domicile ou dans des unités répartie sur l’agglomération, auto dialyse ou dialyse médicalisée, ainsi que dialyse péritonéale, en relation avec le service d’hospitalisation, les moyens et les néphrologues de Saint-André. En 2007, conformément au Schéma Régionale d’Organisation Sanitaire (SROS III), une convention de partenariat est signée avec l’hôpital de Freyming-Merlebach pour l’ouverture sur ce site d’une consultation avancée de néphrologie.

Pour la sécurité des suites opératoires : la réanimation chirurgicale

La chirurgie lourde, comme c’est le cas notamment pour beaucoup d’actes en chirurgie thoracique, requiert dans les suites une surveillance continue ; cette responsabilité échoit, dans la répartition des tâches qui se détermine aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, à la discipline naissante des anesthésistes-réanimateurs ; il s’agit en effet de maîtriser des techniques visant à pallier à la déficience d’un ou plusieurs organes, à commencer par l’assistance ventilatoire[27] mais aussi la nutrition artificielle et la transfusion. Mais en attendant que les spécialistes en ce domaine soient formés, une unité spécifique, dite « Récupération » est créée à Saint-André à proximité du bloc opératoire ; elle se distingue par la présence en permanence d’un effectif infirmier plus soutenu.

En 1974, le Dr François Beley[28] devient le chef de service d’une véritable unité de réanimation chirurgicale de 6 lits, qui s’ouvre, toujours en liaison étroite avec le bloc opératoire, au second étage du bâtiment A.

Une chirurgie en pleine mutation

Le Dr François Koebelé et le Dr Raymond Polo, qui s’associe avec lui en 1965, sont sans doute parmi les derniers chirurgiens installés à Metz à entendre exercer une activité de chirurgien généraliste et de fait à pratiquer, avec un égal bonheur, des interventions aussi bien de chirurgie digestive, thoracique, vasculaire, urologique, qu’orthopédique et traumatologique voire neuro-chirurgicale[29]. Il est vrai que jusque dans les années 1970 la formation des internes (quasiment les seuls à pouvoir accéder à la spécialisation chirurgicale) dans les CHU permettait cette large ouverture sur la chirurgie qui était aussi celle des maîtres de l’époque (les Pr Fontaine à Strasbourg ou Grosdidier à Nancy notamment).

La réforme Debré de 1958 et les restructurations consécutives à mai 1968, en multipliant les chaires de professeurs, dès lors de spécialités plus pointues, parallèlement à des progrès techniques considérables, devait avoir pour conséquence d’abord la distinction entre chirurgie osseuse et viscérale, puis l’individualisation de nombreuses spécialités chirurgicales désormais exercées en exclusivité. Le Dr Pierre Bronn, sollicité en 1978 pour remplacer le Dr Polo au départ de celui-ci pour la Clinique Claude-Bernard[30], s’efforce dès son arrivée de donner à son service l’image d’une unité spécialisée en chirurgie digestive et endocrinienne.

Ce sera évidemment contre l’avis de son collègue plus ancien, avant que celui-ci n’accède à la retraite en 1988 (avec un court intermède à Claude-Bernard où il continuera à pratiquer la chirurgie thoracique). Il est alors remplacé par le Dr Charles Giorgi, qui exerçait au préalable à l’hôpital Bon-Secours mais qui ne réussira pas à maintenir à Saint-André la chirurgie thoracique, d’où son départ à Moyeuvre en 1992. C’est alors que l’établissement prend l’option décisive de la spécialisation, en deux filières médico chirurgicales, concernant les affections du tube digestif et de l’appareil urinaire, spécialisation concrétisée par le recrutement du Dr Jean-Pierre Pellerin, urologue, et du Dr Marc Réville, gastro-entérologue, en prévision du futur départ à la retraite du Dr Berthier. Ces disciplines ne pouvant s’exercer qu’avec la proximité d’un service d’imagerie performant, le Dr Laurence Marchal, dont la compétence particulière en échographie abdominale est reconnue, vient compléter l’équipe.

La chirurgie digestive, puis la chirurgie viscérale dans son ensemble connaît alors une évolution majeure, l’avènement de la cœliochirurgie. La cœlioscopie[31], dite encore laparoscopie[32], consiste à intervenir au niveau de la cavité abdominale sans en réaliser l’ouverture (la laparotomie), au moyen d’un endoscope et d’instruments introduits à travers la paroi abdominale par des orifices de ponction, après l’avoir préalablement distendue par l’insufflation de gaz (pneumopéritoine).

Cette technique, utilisée par les gynécologues pour des gestes simples[33] dès la fin des années 1940, se répand parmi les chirurgiens digestifs dès la mise sur le marché d’une caméra miniaturisée, qui, mise sur l’oculaire de l’endoscope, permet de restituer l’image sur un écran de télévision ; l’opérateur n’est plus contraint d’avoir l’œil rivé à l’endoscope, dont le maniement peut dès lors être confié à un aide, ce qui libère ses deux mains pour opérer.

La première cholécystectomie[34] par cœlioscopie a lieu à Lyon en 1987 ; cette technique se répand comme une trainée de poudre. Progressivement, en quelques années, la plupart des interventions de chirurgie digestive peuvent être envisagées par cette nouvelle voie d’abord, dont l’intérêt réside surtout en des suites post-opératoires plus simples, moins douloureuses notamment, et une reprise plus rapide des activités antérieures par le patient. D’autres chirurgiens, guidés par les mêmes objectifs d’être moins « invasifs » dans leurs gestes, notamment les urologues qui avaient déjà développé d’autres expériences de résection trans-uréthrale de prostate, de chirurgie percutanée échoguidée[35] ou de lithotritie extracorporelle[36], s’emparent à leur tour de la cœlioscopie avec le même succès, notamment pour l’ablation complète de la prostate. Toutes ces techniques requièrent un apprentissage long et justifient encore davantage la nécessité d’une pratique spécialisée. La première cholécystectomie par cœlioscopie est réalisée à Metz à l’hôpital Saint-André en décembre 1990, soit à peine trois ans après la première en France. C’est dire la rapidité de la diffusion des connaissances et la réactivité des praticiens. En urologie aussi l’établissement aura été le premier sur la place à mettre en œuvre ces techniques innovantes qui vont transformer les pratiques au bénéfice des patients.

Mais les mutations concernent aussi le mode de prise en charge : la chirurgie ambulatoire concerne de plus en plus de pathologies, toutes celles où la douleur postopératoire s’avère faible et le risque de complication minime. Ainsi par exemple le traitement d’une hernie ou l’ablation d’une vésicule qui imposait classiquement une semaine d’hospitalisation s’effectue désormais en hôpital de jour. Les pouvoirs publics y voient l’intérêt d’un moindre coût hospitalier et développent des mesures incitatives sous forme de contrôles, voire de pénalités si les quotas préconisés par les Caisses d’Assurance Maladie ne sont pas respectés par les établissements.

3.2. S’étendre et se moderniser malgré les contraintes architecturales

La capacité d’accueil de l’établissement, initialement de 133 lits, ne va augmenter que modérément au cours de ce demi-siècle d’exploitation puisqu’avant sa fermeture il comportera 199 lits et places. Ce n’est pas pour autant que les besoins en locaux ne se feront pas périodiquement sentir ; il ne sera pas aisé de les satisfaire, puisque l’hôpital, enserré dans un quartier historique, sera tenu de se plier à des contraintes architecturales fortes. Néanmoins en permanence les locaux techniques demanderont des extensions en surface, de même que la transformation des chambres doubles en chambres individuelles.

Après l’absorption en 1964 de la clinique de l’Espérance, une campagne de travaux en 1970 permet d’ouvrir sur quatre niveaux plus de 1540 m2 de nouveaux bâtiments[37] et autorise en 1973 une extension à 180 lits. A cette occasion la polyclinique quitte le sous-sol pour prendre place au rez-de-chaussée du bâtiment A (l’ancien refuge de Châtillon), entre le porche et la chapelle ; trois salles de consultation chirurgicale dont une salle petite chirurgie, un secrétariat et une vaste salle d’attente y seront aménagés.

Mais bientôt d’autres besoins se font sentir : deux des activités phares de l’établissement, l’hémodialyse et le bloc opératoire, demandent un accroissement considérable de leurs locaux et par conséquents des investissements onéreux. Pour y répondre, il faut se résoudre à une succession d’opérations à tiroirs en envisageant préalablement le transfert d’activités susceptibles d’être réalisées à distance des bâtiments historiques.

C’est d’abord le cas de la direction qui s’installe dans un immeuble loué rue Maurice Barrès, et dont les anciens locaux sont aussitôt réaménagés en consultation d’anesthésie, et des consultations chirurgicales délocalisées dès lors 8 place Sainte-Glossinde. En 1998 la réaffectation de la chapelle[38] (en y coulant une dalle pour dégager ainsi deux niveaux) et d'autres locaux attenants est une décision difficile à prendre tant pour la direction que pour les Sœurs ; elle va autoriser le triplement des surfaces consacrées à l'hémodialyse. L'année 2000 voit l'implantation d'une nouvelle pharmacie après le départ à Borny de l’Institut des Soins Infirmiers (IFSI, nouvelle dénomination de l'école d'infirmières). L’opération la plus lourde concerne le bloc opératoire ; l’idée de l’agrandir au second étage aux dépens des services voisins, qui avait conduit à une première restructuration dix années auparavant[39], est cette fois abandonnée ; elle aurait été à l’origine d’un bloc tout en longueur et n’aurait pas permis la poursuite sur site de l’activité durant les travaux.

Les architectes proposent d’installer en sous-sol, aux dépens des deux cours et en évitant au minimum l'impact sur les espaces verts, si appréciés des patients, une nouvelle plate-forme technique de 2500 m² ; après des fouilles archéologiques mettant au jour des vestiges moyenâgeux (heureusement sans intérêt), les travaux permettent l’ouverture en 2001 du nouveau bloc opératoire, avec son unité de stérilisation et le service d’endoscopie digestive, ainsi que de la réanimation. Ces locaux particulièrement bien pensés dans leur conception et considérés comme à la pointe du progrès dans la région, s’avéreront très fonctionnels et très agréables (grâce à des puits de lumière) malgré leur situation en sous-sol. Quant à l’espace ainsi libéré, il permettra une humanisation au goût du jour car, si des chambres à deux lits constituaient un progrès lors de la création de l'hôpital, la prépondérance de l'hospitalisation en chambre individuelle était devenue de plus en plus une nécessité. Parallèlement se développent de nouveaux modes de prise en charge, notamment ambulatoire, et ce pour des actes de plus en plus lourds ; ils imposent là encore une adaptation des locaux, en l’occurrence au rez-de-chaussée du bâtiment C, qui se poursuivra jusqu’aux dernières heures de l’établissement.

Le départ de l’IFSI ouvre progressivement de nouvelles possibilités d'extension : salles de formation, utilisation du self comme salle de conférence, locaux de la direction et du service Qualité, bureau des médecins et des cadres, secrétariats. Mais l’éloignement de l’école ne rompt pas la coopération voulue dès son origine par la congrégation de Peltre. Les médecins continuent à assurer bénévolement leurs cours. Les stagiaires restent nombreux même si des conventions ont été signées avec les autres hôpitaux privés.

3.3 Les personnels : au départ des sœurs, la seconde génération

La présence des religieuses au sein des établissements a longtemps été déterminante : les sœurs ne ménageaient ni leur temps ni leur peine et l'hôpital était toute leur vie, quelle que soit la fonction exercée, direction ou soins. Jusqu'en 1971, où elles ont été salariées sur les mêmes bases que le reste du personnel, leur travail était bénévole. Leur gestion rigoureuse, la remarquable tenue des locaux, la qualité de l'accueil, plus généralement les valeurs humaines dont elles entouraient les soins, ont fait la différence.

Avec la perte d'audience des Eglises et la crise des vocations religieuses, l'effectif des sœurs progressivement lors de leur départ en retraite, s'est réduit. Leur remplacement a souvent alors donné lieu à des recrutements multiples de personnels laïcs pour combler la place laissée vacante.

Au conseil d'administration, dont la présidence est confiée, période de crise oblige, à un spécialiste de la finance (en l’occurrence le directeur de la Caisse d’Epargne de la Moselle,  X Guerhardt qui remplace en    le sénateur X Jaeger), les religieuses sont restées présentes et marquent les projets du sceau de leur mission fondatrice.

Au niveau de la direction la transition s’est effectuée dans un contexte de crise. En MM 1988 Sœur André (qui avait succédé en 1980 à Sœur Marie Germaine) annonce en Conseil d’administration son intention de faire valoir ses droits à la retraite dans un délai d’un an et propose pour sa succession un de ses proches, cadre dans une administration ; en l’absence d’une expérience antérieure de gestion hospitalière du candidat, le conseil se prononce pour une année probatoire en tant que directeur adjoint, mais au terme de celle-ci les médecins s’opposent au recrutement.

Le conseil, profondément divisé, démissionne en grande partie (dont son président) mais les sœurs dont la voix est prépondérante désavouent la direction. L’établissement se retrouve ainsi totalement décapité dans son management, alors que simultanément l’infirmière générale, récemment recrutée, fait l’unanimité des soignants contre elle et doit être licenciée. Le bureau de la Commission Médicale Consultative (CMC) sollicite et obtient alors l’aide de la direction de l’hôpital Belle-Isle pour faire face aux affaires courantes ; par ailleurs il entreprend de recruter un nouveau directeur et de reconstituer un conseil d’administration en recherchant des compétences bénévoles dans son cercle relationnel. C’est ainsi que parmi d’autres membres Pierre Batsch[40] entre au conseil, dont il sera élu président l’année suivante et que Pierre-Jean Peyron[41] est choisi comme directeur.

Les sœurs soignantes ne sont plus remplacées et la dernière d’entre elles quitte Saint-André en 2004. On pouvait craindre dès lors, avec un équilibre financier passant au premier plan des préoccupations, que les personnels laïcs soient peu sensibles au projet fondateur, mais aussi, du fait d’une médecine spécialisée de plus en plus technique, que les valeurs que la communauté a su inculquer ne s'effritent ; en fait elles sont restées ancrées dans la tradition de l’établissement, tout comme la forte implication des médecins n'a pas cessé avec la participation au service public.

Il est vrai que les praticiens bénéficient de conditions d’exercice attractives : excellente image et équipement performant de l’établissement grâce à une politique raisonnée d’investissement, communauté médicale soudée écoutée par la direction notamment en matière de stratégie de recrutement, direction très présente sur le terrain, statut de chef de service pour les spécialistes, possibilité de consultation libérale, existence dans les services de chirurgie de médecins généralistes à même de prendre en charge les patients dans leur globalité et de gérer les relations avec la médecine de ville…

Les démarches d'amélioration de la qualité et d'accréditation, voulues par les nouvelles lois hospitalières, ont trouvé là un terreau particulièrement fertile, d'autant qu'elles imposent une large participation des personnels. Et les rapports des experts-visiteurs de la haute Autorité de Santé lors des démarches d’accréditation des années 2002 et 2007 confirment le haut niveau de qualité et de sécurité des soins dans l’établissement. Mais d’évidence l’encadrement budgétaire de plus en plus étroit par l’Agence Régionale de Santé, la différence des traitements entre public et privé, tout comme l’instauration, aberrante à l’hôpital, des 35 heures, et l’apparition au sein des représentants des personnels de syndicats politisés[42], réduisent considérablement la marge de manœuvre dans la gestion notamment des ressources humaines.

3.4-La restructuration des PSPH et la fin de l’hôpital généraliste

L’encadrement budgétaire par les autorités de tutelle s’est fait sentir dès 1968, à la rupture de la convention entre les établissements et la préfecture avec la détermination d’un prix de journée par la Caisse Régionale d’Assurance Maladie. Forts alors de près de la moitié du potentiel en lits actifs[43], en concurrence mais porteurs d'une même éthique chrétienne pour fonder leur action, les hôpitaux privés à but non lucratif de Metz ont éprouvé le besoin de se rapprocher et de se faire entendre d'une seule voix. Leur première initiative a été un regroupement en une structure, CARITAS qui a surtout été de fait une centrale d'achats, outre son rôle dans la gestion de la protection sociale des religieuses (initialement bénévoles). En 1980 l'Hôpital Sainte-Croix, le premier, prend conscience qu'il n'a plus la possibilité de renforcer ses équipes médicales, pour faire face aux missions, que lui impose sa participation au service public hospitalier ; il lui faut en effet un jour sur deux prendre en charge toutes les urgences obstétricales de l’agglomération. Du fait de la perte du statut libéral des médecins, tout nouveau recrutement doit être budgété sur une enveloppe préalable et déjà serrée. Une concertation s'engage avec les autres établissements, confrontés finalement aux mêmes difficultés. Saint-André avec moins de 200 lits et donc des équipes réduites fait difficilement face aux urgences que le SAMU lui adresse un jour sur 8. Et puis d'autres craintes se font jour, puisqu'il est question de refondre la carte sanitaire, de reclasser[44] les établissements de santé, de réformer les études médicales et la reconnaissance des services formateurs pour les internes.

En octobre 1980 les hôpitaux Sainte-Croix, Sainte-Blandine et Belle-Isle décident de se rapprocher pour assurer une représentation unique auprès des autorités, pour permettre la coordination de l'ensemble de leurs moyens, pour harmoniser leur administration et pour mieux négocier la dotation des hôpitaux privés dans les futurs projets d'équipement. L'Hôpital Saint-André renonce à y participer, craignant avant tout de perdre son identité dans la création d'un syndicat inter hospitalier, structure juridique qui paraît en l'occurrence seule à même de garantir un meilleur classement des hôpitaux constitutifs du groupe.

Née officiellement en décembre 1982, l'Union Hospitalière Messine (UHM) voit les discussions achopper sur l'organisation médicale. Tous les hôpitaux sont en effet polyvalents et il s'agit donc de passer de la concurrence à la complémentarité, en clair pour chacun d'abandonner au profit d'un autre certains pans de son activité. Les discussions sont pilotées pendant plus de deux ans par les présidents des CME. Mais les médecins n'y sont pas prêts et l'ambitieux projet initial n'aboutit finalement qu'à la mise en route et à la gestion d'un scanner inter hospitalier (CELODIM).

En 1992 le débat est relancé entre les quatre hôpitaux mais cette fois à l'initiative de la DDASS. Les objectifs sont clairement annoncés : spécialiser chaque établissement en un nombre limité de filières, renforcer les équipes et les équipements (car les investissements lourds ne peuvent être multipliés et doivent être rentabilisés) en supprimant les services concurrents "doublons", favoriser la complémentarité, réorganiser les activités à budget et à effectif médical constant. Des réunions s'organisent entre les présidents des conseils d'administration, les directions et les médecins. Les mêmes problèmes surgissent que quelques années plus tôt : certains médecins plaident toujours envers et contre tout pour le maintien du statu quo, même si l'annonce a bien été faite que personne ne serait laissée sur la touche. La crainte est générale que les transferts d'activités fassent perdre l'identité des établissements.

Cette fébrilité se traduit par des projets de rapprochement (Saint-André/Belle Isle), voire de fusion 2 à 2 : Sainte-Blandine/Sainte-Croix, Belle-Isle/Sainte-Croix. Ils sont annoncés dans la presse en pleine phase d'euphorie. Mais toutes ces tentatives avortent. Elles ont néanmoins le mérite de permettre le dialogue entre des praticiens jusque-là concurrents, et de préparer les esprits.

L'adhésion des établissements à la démarche est d'ailleurs inégale : les uns sont nettement sur la défensive, d’autres, déjà engagés vers la spécialisation, y sont favorables, notamment Saint-André. C'est dans ce contexte que la DDASS intervient à nouveau de manière déterminante et impose ses vues sur la répartition des filières en veillant à créer systématiquement des départements médico-chirurgicaux : pneumologie et chirurgie thoracique, néphrologie et urologie, chirurgie digestive et gastro-entérologie… Il apparaît clairement que l'attribution des budgets futurs est conditionnée par l'acceptation de cette nouvelle grille d'activités. Bon gré mal gré il faut donc s'y plier. Reste aux présidents des commissions médicales[45] à expliquer et à faire passer en douceur la restructuration, surtout auprès des collègues amenés à quitter leur structure d’origine ; reste aux présidents et aux directeurs à convaincre les conseils d'administration, et à ces derniers à inscrire cette nouvelle réalité dans des projets d'établissement à réécrire. La restructuration devient effective à partir du 01.11.1995 et 32 praticiens passeront ainsi d'un hôpital à un autre, par étapes successives sur plusieurs années, emportant avec eux les budgets inhérents à leur activité. Saint-André accueille ainsi les Drs Jean-Philippe Nesseler, Gérard Pfrunner et les gastro-entérologues temps partiels attachés à Sainte-Blandine pour renforcer sa filière digestive et voit le départ de François Maurier et Christian Muller qui complèteront l’orientation cardio-vasculaire de ce dernier établissement. Ces transferts imposés, bousculant leur quotidien, n'ont pas manqués de paraître initialement déstabilisants pour certains.

Néanmoins avec quelques années de recul, la démarche, considérée comme exemplaire au plan national, remplit les objectifs fixés et satisfait globalement médecins et administrations hospitalières. Le renforcement des filières est bénéfique pour tous et les hôpitaux PSPH se présentent en contrepoids fiable et organisé face à l'hôpital public, même si chaque établissement conserve son autonomie de gestion.

Mais cette restructuration devait susciter aussi d’emblée des critiques de principe : ne risquait-on pas du fait de cette spécialisation de perdre le vue le patient dans sa globalité. Mais il s'agit là aussi d'une remarque liée à l'évolution de la médecine elle-même, qui se focalisant sur un organe réputé atteint, risque de perdre de vue le malade dans sa globalité.

Par ailleurs la spécialisation et la redistribution des filières médicales devait entraîner une modification du rôle des établissements PSPH dans la prise en charge des urgences à Metz, dispositif parfois mal compris du public et même initialement des médecins. Clairement si un patient, glissant sur le verglas, était relevé devant l'Hôpital Saint-André avec une fracture du poignet, il y était examiné par le médecin de garde, mais simplement conditionné en vue d'un transport sur l'hôpital concerné par la traumatologie en l'occurrence l'Hôpital Belle-Isle. Mais chaque structure restait à même de recevoir à toute heure des urgences spécialisées de patients se présentant spontanément ou adressés par leur médecin traitant ; ils pouvaient aussi y être transportés par le SAMU, auprès duquel ils auraient manifesté leur préférence, selon le principe du libre choix, ou simplement faute de place à l'hôpital public, seul chargé alors par la tutelle de l'organisation des urgences dans la région messine.

3.5. De la restructuration à la fusion administrative et à la délocalisation

Il était permis de penser qu'une fois le préliminaire réalisé de la restructuration médicale, une fusion administrative était possible à court terme. Et de fait dans la foulée un nouveau projet d'union se développe entre l'hôpital Saint-André et l'Hôpital Sainte-Blandine, désormais rendus très complémentaires par la redistribution des filières. Mais tout comme les précédentes tentatives, la démarche avorte rapidement, les administrations, pas plus que les médecins précédemment, ne parvenant à s’entendre pour constituer à quatre « l’établissement unique pavillonnaire » auquel certains avaient pu rêver et qui aurait pu ainsi constituer par sa taille le second établissement privé participant de France[46].

Cependant à partir d'avril 1999 l'UHM est remise au goût du jour : abandonnant, du moins à court terme, toute ambition de fusion, l'association, forte de 1000 lits de capacité d'accueil[47] et de 1500 personnes au service des patients, déclare limiter ses ambitions à une représentation commune auprès des pouvoirs publics et à l'optimisation de l'offre de soins à Metz amorcée par la restructuration.

L’absorption de la Maternité par le secteur public : la fin d’un PSPH « historique »

Mais l’ARH n’entend pas en rester là et son regard se tourne vers les secteurs de maternité et de pédiatrie ; alors que l’hôpital Sainte-Croix, dont la redistribution des activités l’avait précisément limité à la filière mère-enfant, projette dès 1997 la construction d’un nouvel établissement à Queuleu, la tutelle impose que Bon-Secours (dont le nombre annuel d’accouchements est tombé à 1000 contre 3000 à Sainte-Croix) soit présent dans le projet ; en première phase de ce rapprochement, 2002 voit la création d’un Syndicat Inter-Hospitalier (SIH) pour la gestion d’une unité commune de néonatologie sur le site des Hauts de Sainte-Croix. Il est prévu aussi que Sainte-Croix perde l’activité de pédiatrie et Bon-Secours celle de maternité mais si le premier terme de l’accord est concrétisé dès juin 2003, la contrepartie reste en suspens (jusqu’en 2008), ce qui ne fait qu’accroître le déficit financier de Sainte-Croix dépouillé d’un pan de plus de son activité.

Mais en 2005 Bon-Secours annonce sa délocalisation sur le site de Mercy et des voix de plus en plus fortes se font entendre pour que Sainte-Croix accompagne le mouvement. Le déficit de cet établissement continuant de se creuser le met en quasi situation de dépôt de bilan, ce qui conduit à l’abandon du projet de Queuleu, à la démission du conseil d’administration et à la nomination d’un administrateur provisoire, avant qu’en 2007 la présidence d’un nouveau SIH élargi à l’ensemble de la gynécologie obstétrique et de la pédiatrie ne soit proposé à Pierre Batsch, président de l’hôpital Saint-André ; la responsabilité de la gestion est confiée à Mme Anatole-Touzet, directrice générale du CHR. L’année suivante le nouveau maire de Metz, Dominique Gros, est élu à la présidence du Conseil d’administration d’une nouvelle structure, l’Hôpital-Maternité de Metz, dont l’implantation est prévue à côté du futur CHR.

Ainsi en quelques années un établissement PSPH est passé sans coup férir en secteur public, alors qu’initialement le rapport des forces dans l’offre de soins avait plutôt fait craindre au CHR d’être dépouillé de l’activité touchant la mère et l’enfant (ce qu’il lui était d’ailleurs impensable de concevoir).

L’inertie et les erreurs de gestion connaissent une sanction immédiate en secteur privé (fût-il participant au secteur public hospitalier), où les deniers du contribuable ne viennent pas systématiquement compenser les déficits. Ainsi disparaît du groupement PSPH un établissement qui se croyait fort de sa position dominante sur la filière mère-enfant et de son passé prestigieux, puisque né en 1803 du projet visionnaire de Pierre-Etienne Morlanne[48].

Vers l’hôpital Robert Schuman

La concertation entre les trois autres PSPH n’en devenait que plus impérative, d’autant qu’au sein de l’hôpital Saint-André lui-même des inquiétudes apparaissaient quant à la pérennité de certaines activités. La plus préoccupante concernait la chirurgie lourde, celle qui imposait des suites opératoires en réanimation[49]. Or le renforcement des normes de sécurité dans ce secteur, avec la présence permanente d’un médecin anesthésiste-réanimateur sur place[50], nécessitait des moyens humains supplémentaires, au besoin de faire appel à des spécialistes d’autres structures. S’unir pour mettre en commun paraissait donc une nécessité, sous peine de perdre des autorisations dans des domaines sensibles et donc des pans entiers d’activité.

C’est dans ce contexte que le 20 mars 2006 les trois hôpitaux Belle-Isle, Saint-André et Sainte-Blandine créent une association commune « Pôle de Santé PSPH de Metz » appelée à concrétiser un projet novateur sur un site unique à créer en mutualisant les moyens. Pour cela ils font appel à un cabinet de conseil spécialisé en santé, IRIS Conseil, pour l’aider à définir une stratégie répondant aux besoins à satisfaire sur le territoire, installent un comité de pilotage et développent un groupe de travail dans chaque établissement ; en juin se tient la première réunion à Saint André.

Il s’agit pour le cabinet d’élaborer en concertation avec les acteurs un projet médical stratégique commun, autour de spécialités existantes ou à développer, et à partir de là d’en déduire le dimensionnement du futur site et les principes organisationnels à retenir. L’étape suivante consiste à évaluer la faisabilité du projet en analysant les contraintes architecturales, juridiques et financières, avant que les conseils d’administration ne puissent prendre la décision de la mise en œuvre. L’année 2006 s’achève donc dans l’optimisme, l’ARH soutenant le projet pour le plan Hôpital 2012, le ministère le qualifiant même de « pilote » ; par ailleurs à Saint-André une petite hausse de l’activité compense une baisse des tarifs et maintient un équilibre des comptes grâce à une gestion qui se doit serrée.

C’est ainsi qu’au terme de 6 mois d’études, le 10 janvier 2007 les conseils d’administration sont en mesure de prendre la décision du principe et des modalités du regroupement des trois structures ; l’association qui a désormais pour nom « Hôpitaux Privés de Metz » va s’engager dans la construction d’un établissement unique qui regroupera toutes ses activités court séjour et dont l’ouverture est prévue fin 2012. ; le nom en est d’ores et déjà choisi au terme d’une consultation qui suscite la participation de 1563 de ses agents : hôpital Robert-Schuman[51]. La conception en est confiée après consultations et appels d’offres au groupement AIA (Architectes et Ingénieurs Associés) pour la réalisation de 50 000 m2 et 500 lits et places.

D’emblée chaque directeur prend en charge, outre la responsabilité de son établissement, des fonctions nouvelles concernant le nouvel hôpital : l’administration et les finances pour Camille Beck[52], les travaux et la logistique pour Francis Morel[53], l’organisation du travail et les ressources humains pour Pierre-Jean Peyron. Peu après le Dr Perrin, directeur de l’ARH, admet la nécessité d’une réanimation dans le futur hôpital et accepte de reconnaître cette activité à Saint-André dès 2007, en accordant pour ce faire les moyens supplémentaires attendus. En février de la même année les personnels de gestion commencent à s’installer dans les locaux annexes de Sainte-Blandine rue de la Gendarmerie, avec l’objectif de réaliser une direction générale unique opérationnelle dès janvier 2008. A terme le projet prévoit la fermeture de Saint-André et de Sainte-Blandine en vue d’une vocation ultérieure médico-sociale, alors que Belle-Isle se consacrera aux soins de suite et de rééducation.

Se pose alors le problème de l’implantation du nouvel établissement. Le site initialement retenu se situe à Norroy-le-Veneur à l’emplacement de l’ancien Aquadrome, donc au nord de l’agglomération messine, à proximité des axes autoroutiers desservant les vallées industrielles, emplacement idéal en termes d’aménagement du territoire, dès lors que le projet du CHR est annoncé au sud, à Mercy.

D’ailleurs dans les années 1970 n’avait-on pas caressé l’idée d’implanter un CHR (voire un CHU) sur le site tout proche de Semécourt ?

Mais bientôt des voix se font entendre évoquant des risques potentiels en rapport avec la gare de triage de Woippy[54], risques dont les élus des communes concernées ne sont pas informés, et qui n’avaient pas jusque-là contrecarré l’implantation dans ce périmètre d’entreprises industrielles et commerciales employant des milliers de personnes. Dans l’attente d’une réponse des services l’Etat sur le sujet, incertaine et sans doute lointaine[55], force est de trouver un autre terrain d’accueil, cette fois au sein de la CA2M : ce sera Lauvallières, à l’entrée est de la ville, à proximité de la plus importante zone industrielle de l’agglomération, l’Actipôle de Metz-Borny, au carrefour de la rocade Sud et de la bretelle de l’autoroute de Strasbourg.

Mais voici que l’Etat se désengage du projet malgré les promesses de Roseline Bachelot, venue en son temps lui apporter son soutien : il n’est plus envisageable, faute de cet apport financier, de réaliser le regroupement de l’activité des trois établissements sur le site de Robert-Schuman[56]. Une des trois ailes d’hébergement doit être sacrifiée de même que le bâtiment des consultations. Se pose alors le problème de la répartition des activités entre les trois sites. La logique de regroupement des plateaux techniques voudrait que le nouvel hôpital soit uniquement chirurgical mais ce serait casser les filières médico-chirurgicales qui ont fondé la restructuration.

Finalement il faut se résoudre à maintenir deux blocs opératoires distincts, à Robert-Schuman bien sûr et à Belle-Isle pour l’orthopédie.[57] La suite du projet est laissée à une seconde phase, dans un avenir non précisé ; néanmoins la décision de la fermeture de Saint-André est définitive et Sainte-Blandine deviendra au centre-ville un pôle d’activités à orientation gériatrique, ses services de court séjour étant progressivement transférés vers les deux autres hôpitaux. L’architecture d’emblée retenue devrait permettre sans nuisances d’envisager la seconde phase de construction[58].

Dès la conception mais tout au long des travaux le maître d’œuvre a été accompagné d’une équipe « projet » composée de volontaires des divers métiers de l’établissement, dans démarche interactive de conception et d’ajustement. Ainsi des chambres « témoins », une salle d’opération, une salle des soins ont été construits de manière à pouvoir échanger avec les futurs utilisateurs et de fait d’apporter immédiatement un certain nombre de corrections avant l’adoption définitive des plans. D’emblée la qualité du cadre de travail a été privilégiée, notamment l’ouverture à la lumière du jour, l’évolutivité des espaces et leur caractère modulaire. L’architecture a largement pris en compte le concept de développement durable : souci permanent de construire économe, intégration réfléchie dans le site en tenant compte par exemple des mouvements de terrain, solutions techniques innovantes pour réduire les consommations d’énergie par une isolation extérieure, ou pour récupérer les eaux de dialyse, eau chaude sanitaire solaire sur les terrasses d’hébergement orientées sud…

L’hôpital Saint-André à sa fermeture en février 2013

A sa fermeture en février 2013 avec 144 lits de médecine et de chirurgie, 26 postes de dialyse et 16 places d’hôpital de jour, sur une superficie de 17 000 m2, l’hôpital Saint-André pouvait faire état des chiffres d’activité suivants pour l’année 2011 : 9500 hospitalisations, 5500 interventions chirurgicales, 4000 endoscopies, 13 000 séances de dialyses. 400 salariés y contribuaient, dont 27 médecins spécialistes et 4 généralistes, 2 pharmaciens et 5 internes ainsi que 256 soignants (133 infirmières, 15 cadres infirmiers, 15 infirmières spécialisées, 63 aides-soignantes, 29 secrétaires médicale et 1 psychologue). Le personnel médico-technique (masseurs-kinésithérapeutes, manipulateurs de radiologie, diététiciens) était au nombre de 9, le personnel technique (agents de service hôtelier et agents d’entretien technique) de 60 et les services administratifs comportaient 37 agents.

Depuis 1996 L’établissement assurait exclusivement la prise en charge des maladies du rein et des voies urinaires (néphrologie, hémodialyse, dialyse péritonéale, chirurgie urologique, lithotritie, urodynamique, andrologie) et celles de l’appareil digestif (hépato-gastro-entérologie, endoscopie, chirurgie digestive, viscérale et endocrinienne, coeliochirurgie). Bien que ne disposant pas d’une unité de traitement des urgences l’établissement accueillait 24 h /24h les patients présentant des urgences dans ces spécialités.

Les équipes médicales étaient constituées comme suit :

  • En anesthésie –réanimation les Drs Chadia Boudaa, Alain Ceyrat, Martine Dib, Marie-Annick Lehair, Jacques Mariot, Bernard Perrin
  • En néphrologie les Drs Eric Azoulay, Arnaud Guérard, Bruno Paris,Arnaud Stolz, Dorina Visanica
  • En chirurgie urologique les Drs Jérôme Ferchaud, Jean-Pierre Pellerin, Alain Six, Jean-Marc Suty
  • En hépato-gastro-entérologie les Drs Jean-Louis Mougenel, Marc Réville , Simon Zirabé assisté des praticiens à temps partiel les Drs Gérard Bagnouls, Jean-Louis Kolopp
  • En chirurgie digestive les Drs Florian Bilbaut, François Laurent, Marc Johann , Jean-Philippe Nesseler
  • En radiologie les Drs Alain Bresson, Claude Chaulieu, Laurence Marchal.
  • En pharmacie Mme Isabelle Dornier et Bernadette Laurent (responsable de l’hygiène hospitalière).

L’hôpital Robert-Schuman en chiffres

L’hôpital Robert-Schuman compte 613 lits, places et postes. Son plateau technique comporte un bloc opératoire de 20 salles, un bloc d’endoscopie de 4 salles, un service de réanimation  et un service d’imagerie médicale dont un scanner et une IRM. S’y ajoute un laboratoire de biologie et un pôle de consultation intégré à l’une des ailes d’hébergement. La surface totale est de 52 969 m2 pour un coût total de 119 millions d’Euros, soit 2190 Euros par m2 ou 190 000 Euros par lits. Le calendrier des travaux a été respecté à un mois près, avec un début en janvier 2010 et une ouverture en février 2012, soit un temps record pour une telle réalisation.

Les Hôpitaux privés de Metz, c’est désormais[59] 1667 personnes dont 144 médecins et 1134 soignants, 193 000 journées d’hospitalisation et un budget annuel de fonctionnement de 133 millions d’Euros.

Légende

[1] L’Hôpital Legouest est en effet l’héritier de l’Hôpital–Amphithéâtre (sur l’actuel quai Wiltzer) où ont été formés de 1732 à 1850 nombre de médecins et de chirurgiens militaires.

[2] Qualifiés de PSPH (Privé participant au service Public Hospitalier) plus tard d’ESPIC (Etablissement de Soin Privé d’Intérêt Collectif) tous membres de la Fédération des Etablissements d’Hospitalisation et d’Aide à la Personne (FEHAP) : Hôpital Sainte-Blandine fondé en 1885 par les Sœurs franciscaines de Salzkotten en Westphalie, Hôpital Belle-Isle, auparavant Hôpital des diaconesses, fondé en 1889, l’Hôpital Sainte-Croix fondé en 1909 par les Sœurs de la Charité Maternelle (rattaché au Centre hospitalier Régional en 2013), Hôpital Saint André fondé en 1956 par les Sœurs de la Providence de Saint-André. Ce secteur, largement répandu en Allemagne ou en Belgique mais aussi en Alsace, est relativement moins présent dans le reste de la France pour l’hospitalisation en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO).

[3] L’hôpital Clinique Claude-Bernard, inaugurée en 1968.

[4] La direction générale du CHR et l’association « Hospices civils de Metz : histoire et patrimoine » ont contribué sous la direction de Gérard Michaux à la publication de l’ouvrage CHR Metz-Thionville, le centre hospitalier régional Metz-Thionville héritier d’une tradition millénaire, Editions Serpenoise, 2013. La Société des Sciences Médicales de la Moselle publiait le livre de Pierre Bronn et Jean Lazare Naitre à Metz, Editions des Paraiges, 2013.

[5] Courte biographie de M l’abbé Antoine Gapp, fondateur des Sœurs de la Providence de Saint André de Peltre, Guénange 1929 ; J. Leclerc, L’abbé Antoine Gapp, son œuvre et sa personnalité, Metz, 1956 ; Au gré de la Providence, Antoine Gapp, fondateur des Sœurs de la Providence dites de Saint-André, Editions Fleurus, Paris, 1992 (Bande dessinée).

[6] Marie André, Il cherchait des pierres…L’abbé A. Gapp et les Sœurs de la Providence de Saint-André, Paris, P. Lethielleux, 1957. Le titre fait allusion à l’attitude du futur fondateur lorsqu’il fréquentait le séminaire : souvent, tête baissée, il regardait le sol comme à la recherche de pierres, s’exposant ainsi aux remarques de ses collègues. N’était-ce pas déjà des pierres pour la construction d’un couvent qu’il cherchait ?

[7] Ainsi cette même année l’hôpital Bon-Secours s’agrandit, de même que Belle-Isle en aménageant sa maternité, alors que Sainte-Blandine, la semaine précédant l’inauguration de Saint-André, venait d’ouvrir son service de pédiatrie à Queuleu.

[8] Né à Strasbourg, il commence sa carrière militaire à l’âge de 18 ans aux sièges de Landau et de Fribourg-en-Brisgau au cours de la guerre de Succession d’Espagne. C’est avec le grade de lieutenant qu’il arrive à Metz en 1728 à l’appel du marquis d’Asfeld, directeur général des fortifications du royaume. Il est nommé capitaine du Génie l’année suivante. Il fait édifier en 1737 la redoute de la Seille, un fort bastionné en avant des fortifications sud de Metz, à l’emplacement de l’ancien amphithéâtre. En 1744 il est nommé directeur de fortifications de Metz, Thionville, Verdun, Longwy et Bitche et maréchal de camp en 1948. Il réalise ainsi à Metz les doubles couronnes de Moselle et de Belle-Croix, la place Saint-Thiébault avec l’hôtel du commandement et la fonderie de canon. On lui doit Architecture militaire ou l’art de fortifier et Mémoriel pour la fortification, l’attaque et la défense des places.

[9] Appelée initialement rue Neuve Sainte-Glossinde.

[10] Lorsqu’en 1775 le Parlement est établi à Metz, la charge de premier Président revient à ce magistrat d’origine franc-comtoise, ayant en trente-cinq années de service déjà largement montré ses compétences.

[11] Nommé en 1783, ce conseiller au Parlement de Paris est reçu somptueusement à Metz puisqu’on lui dépêche à Moulins un carrosse attelé de six chevaux et une importante délégation conduite par le président à mortier. Comme tous les Parlements celui de Metz est suspendu par décret de l’Assemblée nationale en novembre 1789 ; Hocquart périt sur l’échafaud au plus fort de la Terreur.

[12] C’était une dépendance de leur pensionnat de Montigny, l’ensemble, étant fermé en 1872 par l’occupant allemand pendant toute la période de l’annexion, dans le cadre de la lutte de Bismarck (KulturKampf) contre les congrégations « ultramontaines ». Il sert alors de maison de retraite, puis en juin 1915, à la suite d’une demande de l’association féminine de la Croix Rouge, il devient un asile pour enfants dont les pères sont mobilisés et les mères travaillent ; jusqu’à une cinquantaine d’enfants y sont accueillis et confiés à une (seule) jeune femme. La structure redevient pensionnat au retour à la France et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

[13] Le n° 14 de la rue du Rempart Saint-Thiébault.

[14] L’école compte à cette date 140 élèves en quatre promotions.

[15] Léon Loevenbruck (1902-1964), après des études de médecine à Paris, s’installe à Metz en 1927 et est en charge d’un petit service à l’hôpital Sainte Croix ; il est nommé en juin 1940 chef du service de médecine de l’hôpital Bon-Secours, jusqu’en novembre 1943 où il est remplacé d’autorité par un Allemand, médecin de la Wehrmacht. Il reprend son poste en septembre 1944 et exerce à Saint-Nicolas jusqu’en 1964.

[16] Le cancer du poumon arrivait (et arrive toujours) en tête des localisations cancéreuses chez l’homme (et bientôt chez la femme dont le tabagisme tend à égaler aujourd’hui celui de l’homme).

[17] Né en 1916 à Strasbourg, il est à peine nommé externe des Hôpitaux de cette ville qu’éclate la Seconde Guerre mondiale ; il est alors affecté comme médecin auxiliaire à Lyon, puis, démobilisé, il revient à Strasbourg en juin 1940. Alors qu’à partir de 1942 l’occupant le contraint à exercer la médecine générale en Allemagne, il entre dans la résistance ; il est arrêté suite à une dénonciation en juin 1943, soupçonné d’espionnage et d’implication dans une filière d’évasion vers la Suisse ; il est condamné à cinq ans de travaux et transféré dans la prison de Rothenburg sur le Neckar en mars 1944. D’abord affecté à des travaux de construction d’abris souterrains, il finit par être employé à l’infirmerie du camp ; il y contracte une tuberculose pulmonaire. Libéré par les Américains en juin 1945 dans un état de dénutrition extrême, il est placé en sanatorium à Zurich pendant 15 mois, où après avoir été patient, il devient assistant. Il est reçu au concours d’internat des Hôpitaux de Strasbourg en 1946, chef de clinique en 1950 ; il obtient sa qualification de chirurgien en 1952, et il est nommé chirurgien du sanatorium d’Abreschwiller en 1953. Ses faits de guerre lui valent en 1978 la croix d’officier de la Légion d’honneur.

[18] La première pneumectomie (ablation d’un poumon) avait été réalisée en 1934 par le Dr Graham à Saint-Louis dans l’état du Missouri.

[19] Née en 1927, elle se destinait à la pédiatrie mais, externe en Chirurgie B, sous la pression du Pr Weiss, elle décide de se consacrer à l’anesthésie ; elle passe alors le concours d’internat des Hôpitaux de Strasbourg en 1951, où elle est reçue major de sa promotion. Elle sera le premier médecin anesthésiste qualifié en Moselle.

[20] Guy Herlory (1920-2013), diplômé de la faculté de médecine de Paris et formé à l’Institut Curie, sera radiologue à l’hôpital Saint André de 1956 à 1985,puis député et conseiller général à sa retraite.

[21] Jean Cabri (1926-2007) soutient sa thèse en 1954 à la faculté de médecine de Nancy, avant d’exercer une activité d’ORL à l’hôpital Saint André ; simultanément à cette activité, dans un second temps, il installe un cabinet non loin de là, rue Sainte-Glossinde, où il consultera jusqu’à sa retraite fin 1992.

[22] 102 lits de chirurgie, dont 16 de thoracique et 6 de vasculaire créés à la suite de l’acquisition par l’établissement en 1968 d’un sériographe pour la réalisation d’artériographies, 6 de réanimation et 32 de médecine.

[23] Terme encore utilisé pour désigner le service de chirurgie du second étage à l’arrivée de l’auteur dans l’établissement en 1978, alors qu’une unité de réanimation avait été créée.

[24] Né en 1933, Bourguignon d’origine, d’abord élève de l’école de santé militaire de Lyon, il achève ses études de médecine à Strasbourg, pour devenir Chef-de-clinique aux Hospices Civils de Strasbourg, en Médicale A (Pr Warter) alors réputée le haut niveau de formation délivré. Il assurera pendant de longues années la fonction de médecin-chef de l’établissement et à ce titre est en dialogue constant avec la direction et participe au conseil d’administration (avant qu’une Commission Médicale Consultative – dénommée plus tard Commission Médicale d’Etablissement-  ne soit créée à Saint-André en AAAA).

[25][25]La première dialyse est réalisée en 1945 aux Pays-Bas dans le cadre d’une insuffisance rénale aigue ; pour pouvoir utiliser cette technique pour l’insuffisance rénale chronique, il faut pouvoir, de manière répétée, réaliser des ponctions de vaisseaux à gros débit, ce que les canules en verre ou en métal placées chirurgicalement dans de tels vaisseaux ne permettent pas à long terme. L’apparition de canules en Téflon ou en Silastic change la donne et Scribner ouvre en 1962 le premier centre de dialyse à Seattle aux USA.

[26] Né en 1942, il sera médecin-chef de service à l’hôpital Saint André jusqu’en 1993, date à laquelle il prend la direction d’une association de dialyse à Montpellier.

[27] Le premier appareil de ventilation mécanique, élaboré par le Dr Engstrôm, est construit en série en 1953 à la suite de la terrible épidémie de poliomyélite touchant alors le Danemark ; cette maladie provoquait des paralysies transitoires des muscles respiratoires. L’année suivante le premier respirateur est utilisé à Paris.

[28] D’origine franc-comtoise, né en 1942, le Dr François Beley, après des études de médecine à Strasbourg et une formation de réanimation médicale dans le service du Pr Mantz, sera le second anesthésiste de l’établissement, tout en exerçant également cette spécialité à temps partiel à la clinique d’accouchement des Primevères ; à la fermeture de celle-ci en 1997 il choisit de quitter Metz pour pratiquer son art en clinique privée à Nancy.

[29] Même si pour des cas complexes dans cette spécialité, le Dr Koebelé faisait largement appel à un de ses amis strasbourgeois, devenu dans l’intervalle titulaire de la chaire de neurochirurgie, le Pr Philippidès

[30] Après quelques années de collaboration, l’entente se détériore entre les Drs Koebele et Polo, tous deux de forte personnalités, au point qu’ils mettent fin à leur association. L’un et l’autre avaient compté en 1968 parmi les membres fondateurs de la Clinique Claude-Bernard, à laquelle le Dr Polo se consacrera désormais à plein temps.

[31] Du grec signifiant « voir le ventre ».

[32] Du grec signifiant «voir les flancs ».

[33] Ligatures de trompe et ponctions de kystes de l’ovaire.

[34] Ablation de la vésicule.

[35] Guidée par une image échographique réalisée en peropératoire.

[36] Destruction des calculs urinaires par ondes de choc.

[37] En deux nouvelles ailes, venant se greffer perpendiculairement sur le bâtiment nouvellement acquis et reliées par leur extrémité par une passerelle à hauteur du second étage, l’ensemble délimitant la petite cour de l’établissement. Cette extension permet la disparition des dernières chambres à 3 et 4 lits encore existantes. A cette date dans bon nombre d’établissement les chambres communes, comptant parfois une vingtaine de lits, étaient encore fréquentes.

[38] Une remarquable chapelle, d’inspiration romantique et apparemment aménagée à l’époque du pensionnat, occupait sur toute sa profondeur et sur deux niveaux (rez-de-chaussée et premier étage), l’aile nord du bâtiment A. On y accédait par la cour, par l’intermédiaire d’un vestibule où autrefois s’élevait un autel consacré à Saint Joseph. Un autre portail s’ouvrait sur la rue Châtillon, là encore par un vestibule ; il était surmonté par une galerie de chêne, qui craquait sous les pas et sentait bon la cire, qui reliait le cœur de l’unité de néphrologie-dialyse à ses annexes de Saint-Benoit ; on ne s’y engageait que prudemment pour ne pas perturber, en contre-bas, le recueillement des Sœurs ou des patients présents dans la chapelle.

Pour les néphrologues la communication entre les deux parties de leur service était un réel problème. Pour les Sœurs la chapelle faisait partie du patrimoine de l’établissement et restait un lieu de vie. Le débat quant à sa réaffectation s’étendit à la Commission médicale d’établissement(CME), où les chirurgiens notamment critiquaient la lourdeur et le coût de travaux qui risquaient d’obérer leur propre projet d’extension du bloc opératoire. Sous l’influence du Dr Gautier, néphrologue et alors président de la CME, ce projet fut finalement retenu comme prioritaire.

[39] Pour la réalisation d’une salle de réveil plus fonctionnelle.

[40] Né en 1946, Pierre Batsch dirige alors un cabinet d’expertise comptable mais son engagement dans le monde social est déjà multiple, puisqu’il allie la présidence du FOMAL pour l’aide aux libérés, à celle du Service d’éducation en milieu ouvert et à celle du comité de prévention

[41] Né en 1952, Pierre-Jean Peyron est diplômé de l’école de Rennes, ancien directeur de l’hôpital de Châtellerault.

[42] La seule grève dans l’histoire de l’établissement se situe en 2010, postérieurement à la formation de HP-Metz.

[43] 1200 lits et près de 80 médecins.

[44] : Or le classement conditionne budget et possibilité d'équipements.

[45] Successivement pour Saint-André les Drs Pierre Bronn de 1989 à 1993 et Pierre Gautier de 1993 à 1997.

[46] Après l’hôpital Saint-Joseph de Paris et XXX de Marseille.

[47] Car la restructuration a donné lieu aussi à une fermeture de lits.

[48] Voir Pierre Bronn et Jean Lazare, Naître à Metz, Editions des Paraiges, Metz, 2013.

[49] Désormais différenciée du secteur de soins continus.

[50] Toutes les autres obligations concernant le personnel et les moyens matériels étant satisfaits.

[51] Robert Schuman (1886-1963) : le nom de ce Lorrain mosellan, avocat, député de la Moselle dans l’Entre-deux-guerres, plusieurs fois ministres à partir de 1946, président du conseil en 1947 et finalement père de l’Europe s’est imposé pour deux caractéristiques qui habitaient l’homme et qui ont été aussi à la base du nouvel hôpital : l’audace dans la vision de l’avenir et les valeurs chrétiennes.

[52] Directeur général de Sainte-Blandine.

[53] Directeur général de Belle-Isle.

[54] Extension de son périmètre Seveso du fait du transit de wagons de chlore, condamnant toute urbanisation dans un rayon de 12 km.

[55] Et curieusement depuis l’abandon du projet de l’Aquadrome pour un site dans le périmètre de la CA2M, le sujet le fit plus parler de lui.

[56] Le financement de la construction est réalisé par un crédit bail immobilier finalisé auprès d’un groupement bancaire  sur une durée de 30 ans, avec un refinancement auprès de la Banque Européenne d’Investissement

[57] Qui reste parmi les disciplines chirurgicales majeures celle qui a le moins recours à la réanimation.

[58] Pour réduire les coûts de fonctionnement liés aux transports entre les trois sites et arriver enfin à la constitution d’un plateau technique unique, le conseil d’administration a pris la décision en juillet 2014 de procéder à l’étude de faisabilité de la seconde phase, ayant au préalable obtenu le soutien de l’ARS.

[59] Exercice 2012.