La fabuleuse histoire de l'hygiène hospitalière

Share
hygiène

La Fabuleuse histoire de l’hygiène hospitalière

Comprendre la gestion du risque infectieux

 

HPMag : Pourquoi l’hôpital est-il plus propice aux propagations infectieuses ?

Bernadette Laurent : à l’hôpital, l’écologie microbienne est différente : les germes sont plus résistants qu’en ville puisque les traitements antibiotiques sélectionnent les germes et la transmission croisée favorise la propagation des bactéries résistantes.

De plus,  les patients sont fragiles ; les facteurs de risque pour les infections nosocomiales sont accrus par les actes invasifs, les traitements antibiotiques sans oublier le facteur de l’âge.

HPMag : Comment ces infections sont-elles mieux véhiculées dans nos milieux ?

B.L : Il y a en premier lieu la transmission croisée dont 80% des infections nosocomiales sont manu portées. En deuxième lieu, la transmission indirecte par le biais de l’environnement : air, eau, surfaces, dispositifs médicaux

HPMag : Quelle est l’histoire de l’Hygiène Hospitalière ?

B.L : L’hygiène dérive du nom de la déesse grecque HYGIE qui était la déesse de la santé et de la propreté. Hippocrate écrit un livre consacré à l’hygiène où il préconise la pratique des Bains thérapeutiques. A partir de la renaissance, on fuit l’eau, accusée de transmettre des maladies en ouvrant les pores de la peau ; le parfum camoufle alors les mauvaises odeurs. Au 19ème siècle, le Professeur Louis Pasteur développe la théorie des germes selon laquelle certaines maladies sont causées par des micro-organismes. En 1877, il est démontré que le staphylocoque est la cause des furoncles, de l’ostéomyélite et de la fièvre puerpérale. L’hygiène prend alors une place prépondérante dans la pratique médicale.

HPMag : Pourquoi les antibiotiques n’ont-ils pas laissé croire à la maitrise de ces infections ?

B.L : Restons dans l’histoire. A peine utilisés, des résistances des bactéries aux antibiotiques apparaissent quelques années après. Par exemple : pour les sulfamides utilisés comme antibactériens dès 1936, des résistances apparurent dès 1940. Pour la pénicilline G utilisée dès 1943, des résistances apparurent dès 1946. Un usage excessif des antibiotiques, une rareté de la recherche pharmaceutique dans le domaine, nous ont amenés, dans certains cas, en 2016, à une impasse thérapeutique avec l’apparition des bactéries TOTO-résistantes conduisant à l’ère post-antibiotique.

HPmag : Qui a érigé les grands principes de l’hygiène hospitalière ?

B.L : Aux premiers siècles  de notre ère, léproseries, lazarets, maladreries ont été créés pour isoler les malades et empêcher la dissémination des «miasmes». En 1474, la Ville de Lyon crée l’hôpital de la quarantaine pour les victimes de la Peste.

Au 19e siècle, Dr Ignace Philippe SEMMELWEIS apporte la preuve que l’hygiène des mains des soignants diminue la fréquence des infections.

Les étudiants en médecine de cette époque passaient des salles d’autopsie aux salles d’accouchement sans se laver les mains provoquant les fièvres puerpérales des parturientes conduisant pour 30% d’entre elles au décès. Le lavage des mains et leurs ablutions à la chaux (préceptes de semmelweis) a fait chuter dès lors la mortalité des parturientes à 0,23%.

HPMag : Est-ce que le risque infectieux à l’hôpital est un enjeu majeur de santé publique ?

B.L : Il en résulte une prise de conscience de tous les acteurs de la chaîne de soins à l’Hôpital grâce à la conjugaison de l’application rigoureuse des mesures d’hygiène et au bon usage des antibiotiques pour en préserver leur efficacité.

HPMag : Et concrètement sur le terrain au quotidien, que faut-il retenir de tout cela ?

B.L : en 1988, la création des Comités de Lutte contre les Infections Nosocomiales (CLIN) a été rendue obligatoire. Depuis lors a été observée une diminution de l’incidence des Infections Nosocomiales, ce qui est remarquable au regard de l’augmentation des patients traités, de la gravité des pathologies observées et des gestes invasifs réalisés.

Source: HPMag n°9